‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 330 sur 341 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Quelques mois après la mort de Mme de Staël parurent les Considérations sur les principaux événements de la Révolution française, dont la dernière partie avait été revue, pour le style, par le duc de Broglie et Auguste de Staël. En peu de jours on en vendit 60,000 exemplaires.

Ce livre se proposait un triple but : justifier la politique de Necker, commenter l'histoire de France depuis 1789, et tracer le programme de l'avenir.

L'apologie de Necker part surtout de ce point de vue, que le principe des monarchies, qui place l'honneur dans l'obéissance, était attaqué par sa base et la Révolution devenue inévitable à l'époque où Necker fut appelé pour la seconde fois au ministère : « Ceux qui considèrent la Révolution comme un événement accidentel n'ont porté leurs regards ni dans le passé ni dans l'avenir. Ils ont pris les acteurs pour la pièce ». La Révolution fut faite, du moment où les Parlements abdiquèrent en faveur de la nation le droit d'enregistrer l'impôt, qu ils

avaient défendu avec opiniâtreté contre le trône.

Ce que voulait la nation elle-même, dans son immense majorité, c'était la suppression du régime féodal, l'égalité devant la loi, la tolérance religieuse et l'établissement des institutions anglaises. Necker avait le dessein d'obliger la monarchie à se prêter à ces revendications. Mais le parti de la cour résista, et « une partie des députés voulaient la Révolution)) .

Cependant, par la déclaration royale du 23 juin, le ministre réformateur de 1789 a assuré la suppression des privilèges et la liberté civile en France. Au témoignage de JefTerson entre autres, on n'a pas obtenu davantage dans tout le cours de la Révolution, et ce gain même a été remis en grande partie en question,

L'œuvre réformatrice s'est trouvée menacée du moment où le sang innocent a été versé en son nom, ce qui eut lieu avant le 14 juillet 1789 Elle a échoué contre la lutte des factions non pour l'établissement de la liberté, mais pour la possession du pouvoir. Avec l'Assemblée législative commença le règne de la démocratie égalitaire. Les armes forgées par la Gironde contre l'autorité royale se tournèrent contre elle-même et amenèrent sa destruction. Ainsi commença la Terreur. « Pendant les quarante années de l'histoire d'Angleterre, qu'on^ peut assimiler à celle de France sous tant de rapports, il n'est point de période comparable aux quatorze mois de la Terreur. Qu'en faut-il conclure? Qu'aucun pays n'avait été aussi malheureux depuis cent ans que le peuple français. Si les nègres à Saint-Domingue ont commis

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