ÉPILOGUE
bien plus d'atrocités encore, c'est parce qu'ils avaient été plus opprimés » . C'est à l'école du terrorisme de Robespierre, qui fixait la mesure du patriote d'après l'orthodoxie du Jacobin, que s'est formé un peu plus tard le despotisme de Napoléon.
Entre eux deux il y eut la Constitution républicaine de l'An 111. Les principes de celle-ci étaient infiniment mieux adaptés aux circonstances que ceux de la Constitution républicaine de 1791. Mais « on avait jeté trop de serpents dans le berceau d'Hercule ». Les traditions de la Convention survivaient dans le gouvernement du Directoire, et les théories que Daunou et ses amis politiques avaient consignées dans la Constitution se montraient sans force contre la pratique jacobine. C'en était fait de la République après le 18 Fructidor. Dès lors, il n'y eut plus de parti en France qui n'appelât la dictature.
Le dictateur parut.
Le jugement des Considérations sur lui, sur les devoirs imposés à la Restauration, est connu des lecteurs de Mmc de Staël. Le but suprême de l'œuvre pacifique de 1814-1815, la réconciliation des partis, ne pouvait être atteint que si la France revenait au point de départ de la Révolution, à la doctrine de Montesquieu, à la monarchie modérée sur la base du gouvernement parlementaire d'après le modèle anglais. Et cela sous un prince qui, en 1789, par son vote en faveur du doublement du Tiers, avait adopté l'opinion populaire et déclaré ouvertement qu'il était du devoir du roi de se mettre à la tête du mouvement.
68o MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
Tel est, avec les ménagements que lui imposaient les difficultés delà situation faite au ministère du duc de Richelieu, l'esprit du testament politique de Mme de Staël.
L'action de cet écrit fut instantanée. Pour la première fois dans l'histoire politique moderne, la parole d'une femme, qui n'avait à donner que son opinion personnelle, tomba d'un poids décisif dans la balance.
Louis XVIII jugea le livre fortement républicain ; mais il s'y trouvait compris comme il voulait l'être. Le tzar Alexandre remercia en ces termes Auguste de Staël de le lui avoir envoyé : « Une plume éloquente et justement célèbre a entrepris la défense des principes que notre siècle a proclamés... Je m'estimerais heureux si, à la conscience d'avoir voulu le bien, je pouvais ajouter la certitude de l'avoir accompli ».
Au nom de la génération nouvelle, qui sous le drapeau doctrinaire se vouait aux idées libérales, Charles de Rémusat écrivit l'article pénétré d'un assentiment enthousiaste qui parut sous ce titre : De F influence du livre de Mme de Staël sur la jeune opinion publique, et Guizot accompagna le travail de son ami de paroles sympathiques. Royer-Collard luimême selaissa gagner : « Je vous ai relu, Monsieur » , dit-il à Rémusat. Le premier livre historique sur la Révolution avait été écrit par une femme.
Les attaques ne pouvaient pas manquer.
Au nom des idées catholiques-royalistes, Bonald consacra une réfutation spéciale à l'œuvre de Mmo de