ÉPILOGUE
Staël. «Un roman sur la société et la politique, pénétré de l'esprit de la Réforme », c'est ainsi que la nomme l'auteur de la Législation primitive. Joseph de Maistre écrivit de son côté, à propos du dernier livre de Mme de Staël, qu'il était à la fois le meilleur et le pire de ses ouvrages, le produit d'un talent indiscutable au service non pas du bien, mais du mal, « une brillante guenille ». Bailleul, l'interprète de la démocratie égalitaire, plus modéré, vit dans les Considérations un acte d'accusation contre la Révolution et rejeta l'interprétation de Mmo de Staël, d'après laquelle le but du mouvement aurait changé dès le mois d'octobre 1789. « L'égalité, dit-il, qui n'était autre que la sévère justice, tel était, dès le début, le but de la Révolution » .
Après la polémique vint l'histoire.
A travers le sombre labyrinthe d'une investigation de soixante années, elle s'est frayé sa voie vers la lumière.
11 est définitivement acquis aujourd'hui que la Révolution française n'a pas été, comme celle d'Angleterre, un changement de dynastie, une révolution politique, mais un mouvement social, une translation de la propriété. Sous le rapport politique elle ne s'appuya pas sur les bases solides de la tradition nationale, mais sur le sol mouvant d'une théorie captieuse, la souveraineté du peuple, d'après le commentaire du Contrat social. Elle fonda non point la liberté, mais le despotisme au nom de l'égalité, et la devise même de la Révolution était une contradiction impossible à résoudre, qui entraîna sa ruine.
A l'époque où furent écrites les Considérations , les événements étaient encore trop proches pour qu'il eût été possible de les discerner avec clarté. Mais Mme de Staël a pressenti avec une perspicacité surprenante qu'en France surtout il serait difficile de fonder la liberté.
Quand elle parle de l'Angleterre, son ton est animé d'une confiance que n'ébranle aucun doute sur l'avenir.
Aux Italiens elle a prédit l'unité nationale, et ceci également, qu'un Etat ecclésiastique ne serait possible, dans la vie moderne, que sous la protection des étrangers. Le dernier problème posé par les Considérations, la forme future des rapports entre la puissance spirituelle et la puissance temporelle, a été reprise par un autre penseur sur les bords mêmes du lac de Genève, et les méditations de ce noble esprit, qui fut Alexandre Vinet, ont abouti, dans la pensée de son ami Cavour, à la formule de l'Eglise libre dans l'Etat libre, qui est la solution de l'avenir.
Pour l'Allemagne, Mme de Staël a souhaité une forte fédération et repoussé, au nom du droit qu'ont les peuples de disposer d'eux-mêmes, l'égoïste politique d'immixtion dans les affaires de ce pays.
En ce qui concerne la France, elle a cru devoir insister en toute occasion, dans L'Allemagne comme dans les Considérations, sur ce fait qu'il ne fallait pas désespérer de la liberté, même quand il serait prouvé qu'en France la liberté était impossible. Si le temps nécessaire à l'achèvement de son dernier li-