CHAPITRE II
Dans les premiers jours du mois de mars, Mme de Staël arriva de Weimar à Berlin, et dès le 10 elle fut reçue à la cour de Prusse avec une attention empressée. La reine Louise, alors dans tout l'éclat de la jeunesse et du bonheur, vint au-devant d'elle en l'assurant qu'elle était impatiemment attendue. La reine-veuve, princesse de Hesse-Darmstadt, était une sœur de la duchesse Louise de Saxe-Weimar. Dans le prince d'Orange, alors présent à la cour, et qu'elle avait beaucoup vu à Paris, Mme de Staël retrouvait une connaissance des anciens jours ; elle entra en relations avec l'Electeur de Hesse, le prince et la princesse de Brunswick, et se lia d'amitié avec le prince Louis-Ferdinand. Il était âgé alors de trente et un ans, et s'il n'était plus « le jeune Achille de l'armée, le héros aux beaux cheveux bruns flottants » que dépeint La Motte-Fouqué dans son récit de la campagne de 1794, il se trouvait en revanche dans toute la force de l'âge. C'était un brillant officier et un ardent esprit, que dévorait la soif d'agir. Un des