‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 44 sur 341 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

compatriotes et des étrangers. Mme de Staël retrouva là le comte Tilly, Mme de Genlis et Jean de Müller. Elle apprit à connaître la génération expirante des « amis des lumières » dans la personne de Nicolai lui-même, qui lui demanda son avis sur son roman intitulé : Lettres d'Adélaïde. Mais le rapprochement de Mme de Staël avec les adversaires jurés de Nicolai', les frères Schlegel, mit bientôt un terme à leurs relations *.

La nouvelle génération, celle des romantiques, était presque inconnue encore. Adalbert de Chamisso habitait avec son jeune ami Varnhagen une ou deux pièces à un troisième étage, où ils étudiaient ensemble le grec et publiaient Y Almanach des Muses, auquel collaboraient La Motte- Fouqué, Bernhardi et quelques autres qui formaient l'association de 1\< Etoile du Nord ». Achim d' Arnim préparait le Cor merveilleux de l Enfant, Clément Brentano était moins connu par ses premiers travaux que par ses attaques contre Kotzebue, dont les concessions au romantisme ne réconciliaient pas non plus avec lui les frères Schlegel. Mme de Staël trouva ceux-ci impitoyables à l'égard du poète dramatique qui rentrait à ce moment de Paris à Berlin. La première pièce allemande qu'elle avait vu représenter à Francfort, Les Croisés, était de lui et lui rappela les productions de Sedaine. Elle tint bon et ne rétracta pas son impression d'alors sur certains mérites dramatiques de

1 * Maurer-Gonstant, Supplément aux Œuvres complètes de Jean de Müller, IV, 148. Nicolai à Jean de Müller, Berlin, 4 avril 1804.

gO MADAME DE STAËL ET SON TEMPS

Kotzebue. Il fallut plus d'un demi siècle à l'Allemagne pour les apprécier à son tour et surtout pour l'avouer tout haut1.

Mme de Staël fit la connaissance intime de Rahel dans une soirée chez Brinckmann, devenu ambassadeur de Suède à Berlin. Celui-ci avait invité tous ceux qui pouvaient éveiller, l'intérêt de l'auteur de Delphine, princes du sang, savants de tout genre, dames de la cour, Fichte, la célèbre actrice Unzelmann, Iffland. . Mais à peine Rahel fut-elle présentée à Mme de Staël, que celle-ci s'établit avec elle dans le coin d'un sopha, où elles s'entretinrent seules pendant plus d'une heure et demie, sans s'occuper du reste de la société. «Ensuite », continue Brinckmann, « Mmo de Staël vint d'un air très sérieux à moi en disant : Je vous fais amende honorable ; vous n'avez rien exagéré. Elle est étonnante. Je ne saurais que répéter ce que j'ai dit mille fois pendant ce voyage : que l'Allemagne est une mine de génie, dont on ne connaît nulle part Jes richesses ni la profondeur. Vous êtes bien heureux de posséder ici une amie pareille ». Ici elle fit signe à Rahel d'approcher. « Écoutez, Mademoiselle ! vous avez ici un ami qui sait bien vous apprécier comme vous le méritez, et si je restais ici, je crois que je deviendrais jalouse de votre supériorité ». — « Vous, Madame » , fit RaJtyel

1 M1UC de Staël, De l'Allemagne, 2e partie, chap. 25. — * M. Isler, Lettres posthumes de Charles de Villers, 292. Mmede Staël à Villers, Francfort, 19 novembre 1803. — * Treitschke, Notf$ pour servir à l'histoire du romantisme allemand. Annales prussiennes, tome j9, p. 35.

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