CHAPITRE DEUXIEME
morale et combat la Révolution en dépassant son principe '•
Après que Schelling, en sa qualité de plus récent représentant de l'école, eut tenté de concilier Goethe et Fichte et de donner aux théories romantiques leur expression philosophique, la première phase du mouvement, la phase à la fois poétique et philosophique, pouvait être considérée comme close, et le moment était venu pour un juge compétent de raconter l'histoire du romantisme. Ce fut Auguste-Guillaume Schlegel qui s'en chargea dans les leçons tenues à Berlin durant les deux hivers de 1802 à 1804.
Sa formule du romantisme, qui le définissait comme la poésie des grandes nations européennes, qui d'un côté avait fondu le latin avec les dialectes des conquérants germaniques, et de l'autre le vieuxallemand avec les traditions romaines devenues chrétiennes, cette formule a été suivie de nombreuses définitions.
Presque toutes cependant ont jugé le mouvement romantique d'après ses points de départ et en opposition à la mesquine et intolérante doctrine utilitaire qui niait tout ce qu'elle ne pouvait comprendre. Ce mouvement apparut alors., avant tout comme une contre révolution littéraire, comme la réaction du sentiment, de l'âme et de la poésie, qui revendiquait le droit de respecter et d'aimer ce qui, dans le passé, lui semblait digne d'imitation. Il envisageait l'homme non point séparément et en lui-même, mais dans ses
1 * R. Haym, VEcole romantique, 214. — * H. de Treitschke, Fichte : Etudes historiques et politiques, 125, 135-136.
rapports avec l'héritage accumulé de sagesse et d'expérience qui lui venait des générations antérieures ; il ressaisissait ainsi le fil de la tradition et réveillait le sens historique que la doctrine révolutionnaire avait perdu.
C'était là précisément le point auquel se rallièrent ceux qui vinrent plus tard, quand le mouvement romantique fut passé pour eux mêmes à l'état historique et que le temps fut venu de déterminer sa signification et sa valeur durables. Cette valeur, ils ne la découvrirent point dans l'admiration du moyen âge, à laquelle Jean de Müller avait donné la première impulsion et qui n'était pas moins étroite que le mépris affiché pour lui par la Révolution. Elle se révélait bien plutôt à eux dans la conception grandiose qui appelait le peuple allemand à l'universalité delà culture comme à sa vraie direction et répondait ainsi au vœu formé par Goethe, qui voulait qu'une littératuie universelle s'assimilât les chefs-d'œuvre de tous les peuples. Par là le passé redevint vivant, l'Orient fut révélé, la Grèce et Rome transportées du début de l'histoire dans le centre, la science soumise à la méthode historique, et sur l'arbre que la poésie avait planté mûrirent les plus nobles fruits du travail et du savoir *.
Tout cela était caché encore comme dans un germe, quand furent tenues à Berlin pendant l'hiver de 1804 les leçons sur l'histoire de la poésie. Sous
1 * W. Scherer, Histoire de la littérature allemande, 616- 639. — Lord Acton, German Schools of History. Historical Review, janvier 1886.