‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 63 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME \1~J · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME \1~J

« Mon prince, mon cher Joseph » . lui écrivit-elle à son tour avec émotion, « quoi qu'il m' arrive, je ne pourrai résister à me servir de cette célébrité de mon nom, qui m'a fait tant de mal, pour faire' parvenir partout ce que je sens et ce que je pense ; il y a un accent de cœur que les courtisans n'atteindront jamais... Soyez heureux! ! ».

Vers le même temps elle envoyait de ses nouvelles à Weimar, où l'on célébrait le mariage du'prince héritier avec la grande-duchesse Maria Paulowna, et où elle voulait être présente au moins par ses vœux. La lettre, datée de Genève, est adressée à la duchesse Louise.

« J'ai été obligée », dit-elle, « de sortir de la solitude où mon cœur et ma situation me rappellent, pour venir ici recevoir la duchesse de Courlande. Elle avait été très polie pour moi à Berlin, et je suis venue lui faire les honneurs de Genève... Avec elle ou à cause d'elle arrive une nuée d'Italiens qui préludent pour moi au voyage. Par exemple, hier on m'a présenté un commandeur de Carraccioli, dont la figure a vraiment l'air d'une forêt où l'on assassine c'est tout le château d'Udolphe 2 que son visage, et cependant c'est un bon homme, et même assez commun. Je suis curieuse de l'Italien, si toutefois je puis être curieuse de quelque chose, en dehors de mes regrets.

1 Du Casse, Mémoires du roi Joseph, X, 426, appendice. Mme de Staël à Joseph, Goppet, 18 septembre 1804.

2 Allusion au célèbre roman fantastique d'Anne Radclitfe.

Mon malheur m'a pénétré d'une idée de la mort si vive, que jour et nuit je ne sens, je ne vois plus quelle ; mes nerfs sont tout à fait abîmés.

« La bonté de Votre Altesse m'encourage à lui parler de moi, et que peut-on lui dire d'elle-même? La raison la plus parfaite ne dirige-t-elle pas sa vie, et ne peut- on pas toujours savoir ses actions de tous les moments, en connaissant ses devoirs? Je ne suis pas encore parvenue à me soumettre ainsi, mais le temps fera ce que la force d'âme n'a pas su faire. J'ai reçu une lettre de Monseigneur le Duc, et je lui répondrai de Rome ; c'est une belle date ; il faut convenir pourtant que j'aimerais mieux dater de Paris.

« J'ai quelque mérite à ne pas accepter les propositions qu'on me fait ; car personne, de tous ceux qui plient, n'aurait plus besoin que moi de la récompense offerte.

« Je saurai au retour de l'Empereur i ce qu'il décidera sur ma créance et je me croiserai avec le Pape. J'ai quelque envie d'aller m' asseoir sur le Saint- Siège à sa place ; il me semble que mon départ est plus catholique que son voyage 2 ».

Pie VII s'était mis en route pour aller couronner l'Empereur à Paris.

Une des dernières lettres écrites par Mme de Staël

1 Napoléon était parti pour Aix-la-Chapelle.

2 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar, 61-64. Mme de Staël à la duchesse de Saxe-Weimar, Genève, 30 septembre 1804.

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