‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 64 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME I 2g · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I 2g

avant son départ était adressée à Miue Récamier, qui avait promis de se rendre à Coppet dans le cours de l'été suivant. Elle lui recommandait le comte Copertino-Pignatelli, « un très grand seigneur comme vous savez, et, ce qui vaut mieux, un homme aimable et d'une société sûre et douce ; j'aime beaucoup son frère le prince Belmonte, qui est un homme vraiment remarquable... Il faut que vous payiez mes dettes: si Ton sait cela, tout le monde me prêtera... Je vous aime, moi, plus qu'aucune autre femme de France. Hélas ! quand vous reverrai-je * ? ».

Peu après ces adieux, Mme de Staël franchit les Alpes. Le but de son voyage était Rome.

Goethe regardait comme une seconde naissance, comme une vraie régénération, le jour où pour la première fois il posa le pied dans la ville éternelle. C'est là, disait à son tour Winckelmann, la grande école pour tout le monde, celle qui purifie et qui transforme. Bien qu'à un autre point de vue que pour le poète et le savant, le voyage en Italie eut pour Mme de Staël une semblable importance.

Sans doute, la situation politique de l'Italie du Nord et du centre, qui, si elle n'était pas tout à fait sous la domination française, était du moins complètement sous son influence, ne pouvait lui causer une impression satisfaisante. Ce qui existait de patriotisme s'évaporait en plaintes ou se réconciliait avec la force. Depuis que le pape avait consenti à couronner

* L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar, 65. Mme de Staël à Mme Récamier, Coppet, 2 novembre 1864.

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Napoléon à Paris, il ne tenait qu'à ce dernier de se poser aussi la couronne de fer lombarde sur ce front que la nature semblait avoir destiné au diadème. A l'exception de la Toscane, la vie politique italienne y aurait perdu. Dès 1797 le général Bonaparte avait été salué par ces paroles :

César asservit l'Italie, Et tu lui rends sa liberté.

Quand, revenu d'Egypte, il mit de nouveau le pied sur le sol italien, il fut plus que jamais reçu audelà des Alpes comme un libérateur. Il bénéficia de l'interrègne du Directoire, ce gouvernement pillard, persécuteur, intolérant, qui avait réussi en très peu de temps à détruire les dernières illusions qui pouvaient encore subsister dans les populations. Les esprits libres et cultivés ne cachaient guère leur antipathie croissante pour la Révolution. Contre ses excès sauvages Alfîeri lançait ses invectives ; Monti écrivait la Bassvilliana. La fine perception légiste des Italiens n'éprouvait que du dégoût pour « tous ces Masaniellos raisonneurs » qui menaçaient d'ajourner indéfiniment l'œuvre des Beccaria et des Leopold. A côté des gens de leur espèce Bonaparte apparut comme le restaurateur de l'ordre, et quand il fut devenu empereur, comme le restaurateur possible de la nationalité. César Gantu a donné la liste des poètes italiens qui célébrèrent le vainqueur de Marengo. A leur tête se trouve Monti, rappelant à ses compatriotes que :

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