‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 65 sur 341 · CHAPITRE DEUXIÈME I 3 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I 3 I

L'anima altera Che nel gran cor di Bonaparte brilla Fu del' italo sole una scintilla.

Ugo Foscolo, répondant, lui aussi, à l'appel, consacre à Bonaparte liberatore une ode inspirée par 1' « énergie républicaine ». Cesarotti, le traducteur d'Ossian, honore l'épée qui, après un laps de dix siècles, est passée des mains du « Magno » dans celles du « Massimo ! ». A Sainte-Hélène encore, Napoléon rappelait ces hommages : partout où il passait, disait-il, l'air retentissait d'acclamations. Savants et ignorants,, riches et pauvres, le clergé et la magistrature, tous étaient à ses pieds. Les Italiens aimaient jusqu'à son nom et lui-même était insensible à tout, excepté à la gloire. En vain les plus belles femmes de l'Italie cherchaient-elles aie charmer: il ne voyait que l'histoire et la postérité.

Ce n'était point un hasard si le plus haut tribut de l'art et de la poésie, le marbre de Canova et le Cinq Mai de Manzoni, lui fut payé par des Italiens.

L'enthousiasme pour lui était à son comble quand Mme de Staël arriva à Milan. Il eût été aussi injuste qu'inutile de prétendre devancer l'expérience et de méconnaître que les sentiments des Italiens envers Napoléon ne manquaient pas de solide fondement. Comparée à la domination étrangère qui l'avait précédée, la sienne était la transition à une monarchie nationale, et Marengo presque une victoire patriotique que la muse de Monti, le plus grand des poètes

1 César Cantù, Vincenzo Monti e Velà che fu sua, 59 et sqq.

l32 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS

italiens alors vivants, célébrait, d'accord avec la nation, comme un triomphe sur les barbares :

Il giardino di natura No pei barbari non è.

Sans doute, Tor de ce patriotisme n'était pas sans alliage. Ses vagues aspirations tendaient vers l'indépendance de l'Italie; une aspiration plus nette et mieux indiquée, c'était celle aux dignités et aux honneurs, à tous les prix de l'ambition si longtemps réservés. L'exemple de Monti disait quels sacrifices on était prêt à supporter pour les obtenir, lui aux mains duquel était passé depuis 1803, date de la mort d'Alfieri, le sceptre de la poésie italienne, et que son illustre successeur, Manzoni, saluait en ces termes :

Salve, o divino, a cui largi natura Di Dante il core e del suo duce il canto, Fia questo il grido dell' età futura, Ma l'età che fu tua tel dice in pianto.

Monti, né en 1754 à Fusignano d'une famille de pauvres paysans, avait suivi à Rome dans sa jeunesse le cardinal Borghèse et y était devenu abbé et secrétaire au service du prince Braschi, neveu de Pie VI.

Ses premières productions célébraient la papauté. La tragédie classique d' Wristodème parut en 1786 ; elle contraste avec la Virginie d'Alfieri, mais n'en est pas moins écrite sous l'influence de cette création poétique, La Bassvilliana raconte le meurtre du secrétaire de l'ambassade de France, ßassvills, par la populace de Rome, et est dirigée contre les excès de

Page 1