CHAPITRE DEUXIÈME l
la Révolution, dont les auteurs, les vivants comme les morts, frappés par la malédiction du poète, sont invités à comparaître devant le tribunal de Dieu. L'Italie crut entendre comme l'écho de la voix du Dante dans la mâle beauté de ces vers que Monti ne devait pas surpasser. L'influence de Milton et plus encore celle de Klopstock sur la partie mythologique et sur la composition de l'ensemble, a été indiquée il y a peu de de temps par un critique italien compétent'. L'apparition des armées républicaines força l'auteur de IdiBassvillianak se soustraire à leur vengeance par une fuite que protégea d'ailleurs le général Marmont lui-même. Monti, qui de l'état ecclésiastique n'avait accepté que le titre et l'habit, épousa en 1791 la belle Thérèse Pickler, fille du célèbre graveur sur pierre fine, alla à Milan, devint commissaire de la République cisalpine dans la Romagne et il cittadino Monti. En cette qualité, il célébra les vainqueurs du jour, les Français et Bonaparte, et en 1798 la Révolution elle-même, dans clés poésies qui rabaissaient la louange jusqu'à la servilité et déifiaient le succès, de sorte que les mêmes vers qu'il avait dirigés peu d'années auparavant contre la tyrannie étrangère servaient maintenant, au moyen d'un simple changement de noms, à glorifier ses exploits. Puis vint l'année 1799, et avec elle l'entrée des Russes et des Autrichiens vainqueurs dans la Lombardie. Monti, forcé pour la seconde
1 B. lumbini, Su lie poésie di Vincenzo Monti, Florence, 1886. — Vicohi, Vincenzo Monti, le lettere et la politica in Italia, 1885.
fois de fuir, trouva dans le comte Marescalchi, ministre des affaires étrangères de la Cisalpine, qui en cette qualité résidait auprès de Bonaparte, un protecteur bienveillant qui l'emmena avec lui à Paris, jusqu'à ce que les victoires de 1800 permissent son retour dans sa patrie. A Milan ü dut au duc Melzi- Eril, vice-président du nouveau gouvernement fondé sous la présidence du Premier Consul, sa nomination comme professeur de belles -lettres à l'institut de Brera et la chaire d'éloquence à l'Université de Pavie. Le chantre de Marengo n'avait pas pris possession de son siège, qu'il fut désigné comme le poète officiel du futur royaume d'Italie, et fixé ainsi à Milan '.
C'est à ce point de sa carrière agitée, que troublaient le plus souvent d'accablants soucis matériels, que Mme de Staël fit sa connaissance par l'intermédiaire de leur ami commun, le duc Melzi, dont elle estimait grandement le noble caractère. Son premier billet au poète, qu'elle invite à venir la voir, est daté de Milan, 30 décembre 1804, « auberge de la cité ». Elle lui parle de ses poésies comme de celles qui maintiennent encore l'honneur de la littérature moderne de l'Italie 2.
1 Voir la belle étude de * Paul Heyse sur Monti, formant appendice à sa traduction des poésies de Giuseppe Giusti.
— César Cantù, Vincenzo Monti et Vetà che fu sua, 11-53.
— Galerie historique des contemporains, Vil, 139. — MmeA. Dupin, Poètes modernes d'Italie. Revue de Paris, 1842, VII,
2 Lettere inédite del Foscolo, del Giordano e délia signora di Staël a Vincenzo Monti, 1876, 249.