‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 70 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME 1 4. t · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME 1 4. t

de tristesse que d'enthousiasme. Elle aimait avant tout les nuits romaines, où la clarté de la lune faisait revivre les ruines. Ce qui la troublait, c'étaient les habitants, au sujet desquels elle ne parvenait pas à bien fixer ses idées, a On mesure ainsi constamment » , écrivait-elle, « la hauteur dont l'homme est tombé ; ce qu'il est, ce qu'il fut inspire une mélancolie plus humiliante que douce... Je ne sais en vérité ce que je serais moi-même, si au lieu de l'être céleste qui a présidé à tous mes sentiments, j'avais entendu ces femmes sans amoui* et ces hommes sans fierté,, ce langage maniéré qui s'appelle de l'esprit, et ces despotes femmes et ces esclaves amants. Mais, au nom du ciel, ne dites à personne ce que je vous écris : il y a un fond de bonté au milieu de tout cela qui me touche, et une bienveillance pour moi d'autant plus généreuse qu'elle n'est pas motivée. Il n'y a pas un mot du fond de moi que je puisse leur dire, et si je leur plais, c'est par les formes les plus superficielles de mon esprit... 11 faut excepter cependant et quelques hommes et quelques cardinaux : ce sont eux en vérité qui me plaisent davantage ; comme ils ont gouverné, comme ils ont eu affaire avec les hommes et avec les choses, leui tête est beaucoup moins aride. Consalvi, Erskine, la Somoglia surtout me plaisent extrêmement, et si je vous suis infidèle, ce sera certainement pour un cardinal i » .

Le même ton reparaît dans cette lettre à Bonstetten.

1 Letlere inédite, etc., 257, 260-263. Lettres de Mme de Staël, 5 et 7 février 1805.

« Il y a tant à dire sur ce pays, tant de mal et tant de bien », lui écrit-elle, « qu'il me semble qu'on ne peut point se défendre à dire une phrase sans la détruire, à faire une réflexion sans en opposer une autre. C'est une magie que le sentiment qui fait aimer Rome, surtout à moi qui ne trouve pas parmi les Romains une personne avec laquelle mon esprit ni mon àme puisse communiquer ; il s'établit je ne sais quelle correspondance entre le soleil et le passé qui ren drait ce séjour délicieux, si on y était avec ce qu'on aime ; mais j'ai appris depuis quelque temps à vivre toute en moi-même ; hélas ! depuis que j'existe, c'est la première fois que j'ai passé deux mois sans un premier ami, et c'est dans le ciel ici que je le cherche. Sismondi écrit des merveilles de mes succès ; il est vrai qu'on me traite très bien, surtout ici, mais c'est sans trop savoir ce que je suis ; il y a une idée confuse de tout cela qui tient le milieu entre l'admiration et la crainte, et si l'on disait que je suis un diable, cela prendrait assez bien ! Je pars après-demain pour Naples, et je reviens ici de là passer un mois sans avoir tout ce train de bals et de conversations qui me perd en entier le temps qu'il me prend. Je veux vous rendre compte de vos lettres. Gmélin est malade, je ne l'ai pas vu ; votre livre lui est remis. Mon Dieu ! ce que ce livre est vrai î La campagne de Rome m'a frappé par le souvenir de votre livre ; c'est de la description à l'objet que mon intérêt a précédé. Je vois souvent Canovaet Giuntotardi... Humboldt, qui me charge de le rappeler à votre souvenir, est une plus agréable so-

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