‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 74 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I

Siaël que parce qu'un livre de Bonstetten, elle l'avoue franchement, avait attiré son intérêt sur elle '. Naples seule la séduisit par la puissance irrésistible de sa beauté. En contemplant ce golfe qui, depuis tant de siècles, ne cesse d'être un enchantement pour l'œil humain, elle dit à son tour : « Ce fleuve de feu qui descend du Vésuve, et dont les vagues enflammées sont à côté de celles de la mer comme pour présenter la même idée sous des formes si différentes, ce feu éternel que Ton voit pour la première fois, cette nature si vive, ces citronniers, ces orangers dont les fruits roulent dans les rues, avec cette indifférence qui naît de la richesse, tout est admirable ici, excepté le climat moral qui fait bien ressouvenir de ne pas prendre ceci pour le paradis. Je suis arrivée avant tous ici et la première chose dont on m'a saluée, c'est que l'ambassadeur de France partait dans la nuit : il est vrai qu'il n'en est rien encore, mais le pays n'en est pas moins menacé à chaque instant par terre et par mer et il faut garder dans son imagination les impressions qu'il cause pour se les retracer dans un séjour plus tranquille 2 ». Le 2 janvier, Napoléon avait menacé la reine Caroline de la déposséder, et le dernier trône italien encore subsistant chancelait sur sa base.

La sœur de Marie-Antoinette reçut Mm* de Staël de la façon la plus aimable, mais celle-ci ne s'aveu-

1 Bonstetten, Voyage sur la scène des six derniers livres de VEnéide, Genève, 1804.

2 heilere inédite, etc., 267-268. Lettre de Mme de Staël à Monti, Naples, 23 février 1805.

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gla pas sur l'état des choses dans le royaume de Naples. On supprimait, dans un livret d'opéra, comme trop scabreux, les mots amore tiranno ; mais, après aussi bien qu'avant, le gouvernement avilissait le peuple, et dans la société Mme de Staël observait les effets funestes des mauvaises mœurs, sansles compensations qui ailleurs accompagnent encore de semblables tableaux. Qu'on ajoute à cela le manque presque total d'hommes supérieurs. Pendant vingt-deux jours qu'elle y séjourna, elle ne rencontra à Naples que deux hommes remarquables, le cardinal Ruüo, et Capecelatro, archevêque de Tarente. Avec le premier, dont l'esprit la frappa, la rencontre ne fut que passagère ; Capecelatro, au contraire, devint pour Mmo de Staël un ami. Lié avec Goethe et Herder, Humboldt et de Maistre, Guvier et Walter Scott, plus tard avec Lamartine et Casimir Delavigne, c'était un homme intelligent et aimable qui, resté fidèle à sa prédilection pour plusieurs des idées du dix-huitième siècle, suivait, en politique, une ligne diamétralement opposée à celle de Rulïo et de la réaction. Mme de Staël admira ses belles collections, particulièrement un Christ de Murillo qu'elle mentionne dans Corinne, mais en l'attribuant au Titien1. Le temps n'influença pas Capecelatro dans le sens où il devait influencer Mme de Staël ; il resta un prélat libre-penseur du dix -huitième siècle. Elle demandait plus tard à son « cher archevêque » de la bénir au

1 Coulmann, Réminiscences, I, 95 97. Mme de Staël à Msr Capecelatro, archevêque de Tarente, Rome, 28 mars 1805. — Miot de Melito, Mémoires, I, 351.

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