‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 76 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME I Ddj · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I Ddj

la possibilité de le saluer en Suisse. « Dites-vous que moi, Benjamin et Schlegel, nous vous recevrons comme un empereur, comme notre empereur très électif et point du tout héréditaire. Mon fils aussi cependant voudrait que le vôtre fût de la partie et le 15 de juin je serai à Coppet, vous attendant, vous espérant, et quoi qu'il arrive, vous aimant et vous admirant jusqu'à ma mort ' ». Guillaume de Humboldt entretint également Gœthe du séjour de Mme de Staël à Rome : « Elle a toujours parlé de vous avec le même enthousiasme. Je fais beaucoup plus de cas d'elle qu'autrefois. Elle avaitici plus de calme et de tranquillité, n'était pas autant poursuivie par les mauvais génies qui la torturent aussi et l'égarent, et quand son activité, souvent fatigante, trouve la vraie voie, elle devient fortifiante et bienfaisante. Schlegel était ici beaucoup plus doux que je ne l'ai jamais connu ; pourtant, son commerce avec Mme de Staël lui a moins fait gagner peut-être en étendue intellectuelle que perdre en activité. 11 a un talent incontestable, mais, autant que j'en puis juger, un talent subalterne, et il ne trouvera jamais sa vraie sphère que dans les traductions 2 ».

De Rome, Guillaume Schlegel adressa à Gœthe sa lettre sur les artistes qu'il avait vus au travail, lettre

où il mentionne les derniers tableaux d'Angelica

1 * Annales gœlhiennes, 1887, 7. Mme de Staël à Gœthe, Rome, 20 mars.

2 * Bratraneck, Correspondance de Gœthe avec les frères de Humboldt, 1795-1832, III, 227. G. de Humboldt à Gœthe, Rome, 5 juin 1805.

l54 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS

Kaufmann et les premiers travaux du jeune Thorwaldsen '. Il dédia à Mme de Staël son élégie sur Rome. Le début reproduit ses impressions à elle.

« Si tu as », dit-il, « goûté la vie au sein voluptueux de Parthénope, songe maintenant au mystère de la mort sur le tombeau du monde. Sans doute, le ciel lumineux du Latium sourit à la terre, l'horizon de Rome se profile sans nuages sur l'azur, qui s'étend splendide sur la plaine et les sept collines depuis la mer jusqu'aux monts sabins. Mais un esprit de profonde mélancolie conduit à pas lents le voyageur à travers le labyrinthe des ruines ».

Le pèlerinage poétique à travers la ville éternelle se termine par cet hommage :

« C'est ainsi, ô noble compagne, que me rencontra ton regard consolateur, cet enivrant rayon de deux astres jumeaux. La vérité réside en lui, et aussi le sublime et tendre enthousiasme qui, transfigurant jusqu'à la douleur, brille même dans les larmes. Celui à qui tu tends une main amie ne saurait désespérer, même si le scepticisme railleur fait du sentiment un fantôme. Le cœur pénétré de tendresse, cultivant le beau à côté du bien, tu connais le charme de la grâce, la puissance irrésistible de la grandeur. Tu entoures le poète d'une inépuisable magie ; ce qui éloigne entre elles les nations n'est pas un obstacle

1 * A. G. Schlegel, Lettre à Gœthe sur quelques travaux d'artistes vivant à Rome, été de 1805. Œuvres complètes, IX, 231 et sqq.

Page 1