‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 78 sur 341 · CHAPITRE DEUXIÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I

Staël fut de retour à Milan. Le court intervalle qui séparait cette première visite de sa seconde avait suffi pour changer bien des choses dans la capitale de la Lombardie. Le 26 mai, Napoléon avait posé sur sa tête la couronne de fer ; Eugène de Beauharnais était devenu vice-roi, Melzi, duc de Lodi ; le ministre de l'intérieur, le comte Marescalchi, accompagnait le nouveau maître à travers les champs de bataille et les villes des provinces, et cette tournée officielle ressemblait à un triomphe. Une vie nouvelle naissait parmi les artistes, les lettrés, les dignitaires de la cour napoléonienne. Au nombre des familles aristocratiques qui avaient accepté le nouvel ordre de choses, celle du marquis Gattinara de Brème avait transporté ses pénates du Piémont en Lombardie. Napoléon appela le père au Conseil d'Etat, plus tard au ministère. Le second fils, Louis, élevé par l'abbé Caluso, ami d'Alfieri, professait une philosophie facile, pour ne rien dire déplus, qui ne l'empêcha pas d'embrasser la profession ecclésiastique. Il se recommanda à Eugène de Beauharnais par un agréable talent poétique et des formes sociales aimables, devint son aumônier et plus tard celui de la princesse sa femme. Lié avec Ugo Foscolo, qui portait encore les épaulettes, avec Monti, la comtesse d'Albany, comme plus tard avec Stendhal et lord Byron, Gonfalionieri et Silvio Pellico, il fonda et rédigea de concert avec ce dernier, en 1818, une feuille littéraire, Le Conciliateur, destinée à faire œuvre de polémique contre l'Autriche. Il échappa au carcere dura, qui attendait Pellico ; une mort prématurée l'enleva en

1820, à l'âge de trente-neuf ans *. Il était jeune encore quand, en compagnie d'écrivains et de lettrés, il rencontra la châtelaine de Goppet à une fête donnée à Milan en son honneur ; à cette occasion, Ferdinand Arrivabene, un écrivain aujourd'hui oublié, écrivait au Nestor de la littérature italienne, le nonagénaire Bettinelli, en parlant de Mme de Staël : « Ha il viso di Cerere, il seno di Aglaia, il braccio e la mano di Venere». Il remarque qu'elle faisait glisser entre ses doigts une branche de laurier qu'elle ne déposait pas même à table ou lorsque, selon sa coutume, elle écrivait rapidement, le papier posé sur ses genoux. « Nous sommes tous amoureux d'elle, à commencer par Monti, à qui appartient la dictature », ajoutait Arrivabene 2.

Le 13 juin, lendemain de ce jour où elle l'avait revu, Monti, en sa qualité de poète officiel, alla rejoindre l'Empereur 3. A cette nouvelle et courte entrevue, cependant, se rattache l'impression que les sentiments de Mme de Staël pour Monti n'étaient pas restés ceux de l'amitié 4, et comme preuve à l'appui, on cite sa correspondance avec lui et avant tout la

1 * A. de Reumont, La comtesse d'Albany, II, 146. — Duc de Broglie, Souvenirs, I, 353. — Stendhal, Lord Byron en Italie. Revue de Paris, 1830, XII, 186 et sqq. — César Gantù, // Conciliatore et i Carbonari. — De Bianchini, Lettere inédite a Ugo Foscolo, 173-267.

2 César Gantù, Vincenzo Monti e Cela che fu sua, 111. Ferdinand Arrivabene à Bettinelli, 13 juin 1805.

3 Lettere inédite, etc., 282. Mme de Staël à Monti, 13 juin

* César Cantù, Vincenzo Monti e Petà che fu sua, 97-105.

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