‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 82 sur 341 · CHAPITRE DEUXIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME l

Bientôt après Mmo de Staël consentit au sacrifice de se séparer de son fils aîné, qui se rendit à Paris pour terminer ses études. « Que dirai -je de la France à Votre Altesse ? », écrivait- elle à ce moment à Weimar. « Tous les événements du monde sont dans la tète d'un seul homme et personne ne peut ni faire un pas, ni avoir une volonté sans lui. Ce n'est pas seulement la liberté, mais le libre arbitre qui me paraît banni de la terre... Combien j'ai regretté Schiller » ! C'est un grand motif de moins d'émulation dans le monde pour tout ce qui est noble et vrai 2 ».

Dans ses lettres à Monti, Mme de Staël raconte avec quel intérêt elle lisait les biographies de Laurent de Médicis et de Léon X, par Roscoe, avec quelle volonté sérieuse de bien le comprendre elle s'était approchée du Dante. « Mes amis, qui sont arrivés, sont sûrement des gens de beaucoup d'esprit, mais l'esprit français a surtout besoin de son aliment de la société pour être aimable ; il lui faut des événements et des caractères à juger. Dans le silence de la cam pagne, il n'est pas créateur, il n'est pas poétique... J'ai dit l'autre jour par distraction ?ious autres Italiens, et tous mes amis se sont mis à rire 3 » . Il ne lui était pas échappé un seul mot encore sur ce qui

1 L'auteur de Wallenstein était mort le 9 mai 1805.

2 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar, 72. Mme de Staël à la duchesse Louise, Coppet, 24 août 1805.

3 Lettre inédite, etc., 298-307. M™« de Staël à Monti, 15, i; et 19 juillet 1805.

T occupait intérieurement. La première allusion aux rêves qui, sous les ombrages du parc de Goppet, peuplaient son imagination et transportaient son âme, se trouve dans une lettre à Monti en date du 8 août : a Je suis bien aise de vous dire que j'ai lu, il y a quelques jours, le commencement de mon roman sur l'Italie à mes amis, et qu'ils l'ont trouvé supérieur à tout ce que j'ai jamais écrit. Je sais pourquoi ' ».

En Allemagne on croyait son activité absorbée par le livre qui devait être consacré à ce pays, et on y avait suivi ses pérégrinations à travers l'Italie avec un intérêt constant, auquel se mêlait cependant quelque appréhension. Même un esprit aussi exempt de préjugés que l'était celui de Guillaume de Humboldt ne supposait chez les Français ni intelligence ni sympathie pour la langue et la culture de l'Italie. Il n'était pas question encore du voyage de Mme de Staël au-delà des Alpes, qu'il écrivait à Gœthe : « La langue italienne fournit contre les Français des armes divines et dont je fais usage avec une secrète satisfaction. A dire vrai, ils ont encore moins de compréhension pour cette langue que pour la langue allemande, cardans nos poètes, si le côté vraiment poétique leur échappe presque toujours, ils s'approprient du moins le côté sentimental. Mais quant aux Italiens, à moins de bavarder de confiance sur le Tasse, le Dante et l'Arioste, ils ne les comprennent absolument pas. C'est ce que vous aurez remarqué chez Mme de Staël, qui, selon moi, est une nature très

1 Lettre inédite, 311-312. Mme de Staël à Monti, 8 août 1805.

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