‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 84 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

jeune homme, est le cortège triomphal qui accompagne Corinne au Gapitole, où elle va être couronnée comme poète et improvisatrice. Placée sur un char de forme antique, que tirent quatre chevaux blancs, elle est entourée d'enfants et déjeunes filles, et reçoit, dans le costume de la Sibylle du Dominiquin, les hommages des Romains. Ces hommages, elle les accepte avec un mélange de naturel, de grâce et de timidité, qui donnent à ses jeunes attraits tant de charme et d'écJat. Au Gapitole elle répond aux discours des poètes de Rome en son honneur par la célèbre improvisation à l'Italie, patrie de la beauté et de l'art, messagère de la liberté et maîtresse du monde ; après quoi elle est couronnée, au milieu d'acclamations, par le sénateur de Rome.

Dans la foule enthousiaste elle a remarqué l'étranger dont le regard sérieux l'a suivie avec une admiration qu'il n'a pas cherché à dissimuler. Avant de se retirer elle se tourne vers lui, et dans ce mouvement se détache de son front sa couronne de myrtes et de lauriers. Oswald la ramasse, et, avant de la lui rendre, lui adresse quelques mots, auxquels elle répond en anglais. A partir de ce jour, lord Nelvil fréquente sa maison. Protégée par les mœurs sociales du Midi et par l'indépendance de la vie romaine, à la tête d'une grande fortune, Corinne joint les habitudes d'une existence somptueuse aux goûts de l'artiste, mais le voile qui couvre son passé, elle ne le soulève pas. La vie d'Oswald est également pour elle un livre fermé. Dans le commerce avec lui, sa sympathie rapidement éveillée devient une passion

ardente, qu'elle ne cherche pas à combattre, mais sur les conséquences de laquelle elle ne s'aveugle pas. Car lui aussi il l'aime, mais non pas sans combat intérieur, trop captivé par son charme pour renoncer à elle, pas assez pour la rendre heureuse par son amour. Pour dissiper sa mélancolie, elle se constitue son guide à travers les trésors artistiques et les ruines de Rome. Elle évoque en sa faveur l'esprit des temps écoulés, fait parler les pierres et raconter leur histoire aux monuments de deux mondes.

Cette partie du livre est pénétrée par l'atmosphère de la maison Humboldt et influencée par les idées artistiques de Schlegel, qui lui-même est inspiré par Winckelmann, Lessing et Gœthe '.

Ainsi que l'Italienne son ami anglais, l'Allemand conduit la Française à travers le sanctuaire de l'art. La théorie est empruntée aux maîtres allemands, mais les impressions de Mme de Staël sont bien les siennes propres. La description du Panthéon est aussi belle qu'originale, et l'endroit préféré de Rome reste pour elle la merveilleuse arène où le sang des martyrs a expié celui des gladiateurs. Le peintre qu'elle préfère entre tous est Michel-Ange, « parce qu'il n'a rien imité, pas même les anciens », et qu'elle le trouve à la fois éloigné d'une imitation servile de l'antique et de l'affectation de nos jours. Elle définit la campagne romaine une « terre fatiguée de gloire, qui semble dédaigner de produire» . En présence desfon-

1 Voir les notes de Corinne.

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