CHAPITRE DEUXIEME I 7 I
taines de la place Saint-Pierre elle cite ce vers d'un poète français :
L'élernel mouvement et Féternel repos.
Guillaume Schlegel relève la finesse et la vérité de cette remarque relative au Gorrège, qu'il est « peut-être le seul peintre qui sache donner aux yeux baissés une expression aussi pénétrante que s'ils étaient levés vers le ciel. Le voile qu'il jette sur les regards ne dérobe en rien le sentiment ni la pensée, mais leur donne un charme de plus, celui d'un mystère céleste ». 11 cite également la description du Vendredi saint dans la Chapelle Sixtine, quand les flambeaux sont éteints, que la nuit s'avance, et que les figures des Prophètes et des Sibylles apparaissent comme des fantômes enveloppés du crépuscule f.
Là aussi se trouve cette belle page sur la musique envisagée comme le pressentiment d'une vie à venir et sur les euèts qu'elle produit : « La musique double l'idée que nous avons des facultés de notre âme ; quand on l'entend, on se sent capable des plus nobles efforts. C'est par elle qu'on marche à la mort avec enthousiasme ; elle a l'heureuse impuissance d'exprimer aucun sentiment bas, aucun artifice, aucun mensonge. Le malheur même, dans le langage de la musique, est sans amertume, sans déchirement, sans irritation. La musique soulève doucement le poids qu'on a presque toujours sur le cœur,
1 * A. G. Schlegel sur Corinne. Œuvres complètes, XI, 188 et 199.
quand on est capable d'affections sérieuses et profondes ; ce poids qui se confond quelquefois avec le sentiment même de l'existence, tant la douleur qu'il cause est habituelle ; il semble qu'en écoutant des sons purs et délicieux on est prêt à saisir le secret du créateur, à pénétrer le mystère de la vie. Aucune parole ne peut exprimer cette impression ; car les paroles se traînent après les impressions primitives, comme les traducteurs en prose sur les pas des poètes. Il n'y a que le regard qui puisse en donner quelque idée ; le regard de ce qu'on aime, longtemps attaché sur vous, et pénétrant par degrés tellement dans votre cœur, qu'il faut à la fin baisser les yeux pour se dérober à un bonheur si grand : ainsi le rayon d'une autre vie consumerait l'être mortel qui voudrait le considérer fixement » .
11 convient de mentionner aussi la description du théâtre italien, à propos de Roméo et Juliette de Shakespeare, où Corinne paraît dans le rôle de l'héroïne. Les représentants de différentes nationalités énumèrent les qualités et les défauts de Métastase, Alfieri, Goldoni, Gozzi, et finissent par déclarer que le drame italien ne doit pas s'appuyer sur l'imitation de l'étranger, mais bien sur la nouvelle donnée artistique, qui place la gaieté auprès du merveilleux et même du fantastique, et dont les auteurs allemands ont donné quelques excellents modèles * ». Cette proclamation du romantisme en Italie est mise sur les lèvres du compatriote de Shakespeare, lord Nelvil 2.
1 * 4. G. Schlegel, OEuvres complètes, XI, 196.
8 Mme de Staël, Corinne nu l'Italie, livre VU, ch»p. i.