‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 91 sur 341 · CHAPITRE DEUXIEME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME l

qu'elle est la plus attrayante des femmes, mais une Italienne magré tout.

Celle-ci répond par l'apologie du pays qu'il méconnaît si injustement. Elle rappelle le joug subi, la défaveur des circonstances politiques, et cite le vers d'Alfieri :

Servi siam, si, ma servi ognor frementi.

« Les Italiens », dit-elle, « ont de la sincérité, de la fidélité dans les relations privées. L'intérêt et l'ambition exercent un grand empire sur eux, mais non l'orgueil ou la vanité ; les distinctions de rang y font très peu d'impression ; il n'y a point de société, point de salon, point de mode, point de petits moyens journaliers de faire effet en détail. Ces sources habituelles de dissimulation et d'envie n'existent point chez eux ; quand ils trompent leurs ennemis et leurs concurrents, c'est parce qu'ils se considèrent avec eux comme en état de guerre ; mais en paix, ils ont du naturel et de la vérité. C'est même cette vérité qui est cause du scandale dont vous vous plaignez ; les femmes entendant parler d'amour sans cesse, vivant au milieu des séductions et des exemples de l'amour, ne cachent pas leurs sentiments et portent, pour ainsi dire, une sorte d'innocence dans la galanterie même ; elles ne se doutent pas non plus du ridicule, surtout de celui que la société peut donner. Les unes sont d'une ignorance telle qu'elles ne savent pas écrire, et l'avouent publiquement ; elles font répondre à un billet du matin par leur procureur, sur du papier à grand format, et en style de requête.

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Mais en revanche, parmi celles qui sont instruites, vous en verrez crui sont professeurs dans les académies et donnent des leçons publiquement, en écharpe noire ; et si vous vous avisiez de rire de cela, l'on vous répondrait : Y a-t-il du mal à savoir le grec ? y a-t-il du mal à gagner sa vie par son travail ? pourquoi riez-vous donc d'une chose aussi simple?

« Aborderai-je un sujet plus délicat, chercherai-je à démêler pourquoi les hommes montrent souvent peu d'esprit militaire? Ils exposent leur vie pour l'amour et pour la haine avec une grande facilité..., mais souvent, il faut l'avouer, ils aiment mieux la vie que des intérêts politiques qui ne les touchent guère, parce qu'ils n'ont poiut de patrie... Il est assez simple que, dans une telle désorganisation de tous les pouvoirs publics, les femmes prennent beaucoup d'ascendant sur les hommes, et peut être en ont-elles trop pour les respecter et les admirer. Néanmoins leur conduite envers elles est pleine de délicatesse et de dévouement. Les vertus domestiques font en Angleterre la gloire et le bonheur des femmes ; mais s'il y a des pays où l'amour subsiste hors des liens sacrés du mariage, parmi ces pays, celui de tous où le bonheur des femmes est plus ménagé, c'est l'Italie. Les hommes s'y sont fait une morale pour des rapports hors de la morale ; mais du moins ont-ils été justes et généreux dans le partage des devoirs ; ils se sont considérés eux-mêmes comme plus coupables que les femmes, quand ils brisaient les liens de l'amour, parce que les femmes avaient fait plus de sacrifices et perdaient davantage ; ils ont pensé que, devant le

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