‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 97 sur 341 · CHAPITRE DEUXIÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I

n'est pas en harmonie avec notre nature : il agite, il inquiète, il est si prêt à passer!... Ah 1 trouverezvous mieux que ma tendresse? Savez -vous que dans les déserts du nouveau monde j'aurais béni mon sort, si vous m'aviez permis de vous y suivre? Savez-vous que je vous aurais servi comme une esclave ? Savezvous que je me serais prosternée devant vous comme devant un envoyé du ciel, si vous m'aviez fidèlement aimée? Eh bien ! qu'avez-vous fait de tant d'amour ? qu'avez- vous fait de cette affection unique en ce monde? Un malheur unique comme elle. Ne prétendez donc plus au bonheur ; ne m'offensez pas en croyant l'obtenir encore. Priez comme moi, priez, et que nos pensées se rencontrent dans le ciel » .

La source de l'inspiration est tarie dans le sein de Corinne ; depuis le départ d' Oswald elle n'a plus touché sa lyre. Mais en présence de la mort elle dira son chant du cygne, par lequel elle prend congé de la terre italienne. A elle aussi échappe la plainte de tous ceux qui meurent jeunes : « Des sentiments, des pensées, peut-être nobles, peut-être fécondes, s'éteignent avec moi, et, de toutes les facultés de l'âme que je tiens de la nature, celle de souffrir est la seule que j'aie exercée tout entière ». Cette souffrance est enfin vaincue. Lucile reçoit pour Oswald les adieux de Corinne, qui expire en pressant contre sa poitrine la croix du Rédempteur.

Le roman se termine par ces mots : « Que devînt Oswald ? Il fut dans un tel égarement, qu'on craignit d'abord pour sa raison et sa vie. Il suivit à Rome la pompe funèbre de Corinne. 11 s'enferma

longtemps à Tivoli sans vouloir que sa femme ni sa fille l'y accompagnassent. Enfin l'attachement et le devoir le ramenèrent auprès d'elles. Ils retournèrent ensemble en Angleterre. Lord Nelvil donna l'exemple de la vie domestique la plus régulière et la plus pure. Mais se pardonna-t-il sa conduite passée ? le monde qui l'approuva le consola t-il ? se contentat- il d'un sort commun, après ce qu'il, avait perdu? Je l'ignore ; je ne veux, à cet égard, ni le blâmer ni l'absoudre ».

Dans ces calmes accents s'achève le livre, dent le moindre intérêt n'est pas celui d'exprimer l'âme même de l'auteur, d'offrir le résultat de ses méditations sur le inonde et la vie. Elle se peint dans ses jugements sur les hommes, sur les instincts les plus puissants du cœur, l'amour et la douleur.

« Les habitudes, les souvenirs, les circonstances créent autour de nous je ne sais quel enlacement que la passion même ne peut détruire. Brisé pour un moment, il se reformerait, et le lierre viendrait à bout du chêne » .

« Celui qu'on aime est le vengeur des fautes qu'on a commises sur la terre, la divinité lui prête son pouvoir ». « J'ai rompu deux fois des liens que le besoin d'aimer m'avait fait contracter et que je n'ai pu me résoudre à rendre irrévocables ».

« Les femmes ont besoin d'appui, et* rien ne les refroidit comme la nécessité d'en donner » . « Les sentiments légers ont souvent une longue durée, rien ne les brise parce que rien ne les resserre, ils suivent . les circonstances, disparaissent et reviennent avec

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