CHAPITRE TROISIEME 20 Ù
anglais comme d'un rival de son ami de Staël ^ Seule M^^® Necker oublia cet incident dès que l'irritaiion de sa mère se fut calmée, et cette fois elle n'eut pas longtemps à attendre. L'hiver, en augmentant les souffrances physiques de M""^ Necker, lui apporta en même temps de si nojnbreuses marques d'amour de sa fille, qu'elle lui pardonna sa résistance, à une condition bien caractéristique. Se croyant près de sa fin, elle lui recotnmanda le soin de son père comme but suprême non seulement de sa propre existence, mais aussi de celle de son futur mari, et de ses enfants : « Apprends-leur », lui disait-elle dans une sorte d'adjuration, « que ton père doit être pour eux sur la terre le centre de tout... Où qu'il veuille aller, suis-le ; ne permets pas sans motifs essentiels qu'il passe une nuit sous un autre toit que celui que tu habiteras. Livre- toi à ton bon naturel ; tu ne feras que des fautes en t'en éloignant... Laisse ce monde que tu as connu, vis pour ton Dieu, pour ton père et pour tes autres devoirs. » A ce prix M"^ Necker promit le pardon d'une conduite qui avait privé son époux d'un gendre^digne de lui et de tous les avantages attachés à une union si bien assortie.
Une amélioration survenue dans l'état de sa mère épargna à M"^ Necker la connaissance de cette communication pénible, qui ne tomba sous ses yeux que plus tard.
* Baron de Klinckowström, (pptit-neveu de Jean Axel de Fersen), Le comte de Fersen et la cour de France, -1877, introduction, XXXIV.
Dans l'intervalle, la famille se rendit à Beaulieu, près de Lausanne. Au printemps de i78/i, M'°^ Necker écrivit de là à Thomas que ni le repos ni l'air de la patrie, ni le lait des Alpes, ne lui permettaient d'envisager la vie autrement que comme une lutte continuelle qu'elle se livrait à elle-même et au cours de laquelle chaque victoire était douloureusement remportée*. L'ami ßonstetten, marié depuis 1776 à M^'^de Watte vil le, était bailli à Nyou. Pendant les dernières annt'es, il avait noué une amitié fraternelle avec Jean de Müller, visité Tltalie, admiré la comtesse d'AJbany, était devenu, à son retour, membre du Grand Conseil de Berne, puis bailli, d'abord dans le petit endroit montagneux de Gessenay, ensuite sur les bords du Léman, où il menait avec sa famille et son ami, le poète allemand Matthisson, une existence idyllique, que vint agréablement diversifier l'arrivée de la famille Necker. Quand Thomas, de son côté, rejoignit M"'^ Necker en Suisse, il la trouva déjà installée dans la nouvelle habitation acquise par Necker, le château de Coppet, qui, selon le goût de l'époque, était construit de façon que les arbres du parc dérobaient obstinément à la vue du spectateur le panorama du lac, un des plus beaux de l'Europe.
Ce domaine, situé tout près de Genève, dans le pays de Vaud, n'était pas indigne, par son passé, du rôle qu'il a joué dans l'histoire littéraire et politique de la fin du dernier siècle et du commencement de celui-ci,
« M"»« Necker, Mélanges, III, 202.