‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 101 sur 298 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Le comte Pierre de Savoie, après s'être emparé du pays de Vaud, fit construire le château en 1257 ; un autre prince de sa maison érigea Coppet en baronnie, titre qui passa à Necker et se trouve mentionné dans le contrat de mariage de sa fille, car on n'était pas moins aristocrate dans le pays de Vaud qu'on ne se vantait d'être r('»publicain à Genève. A partir du seizième siècle, Coppet changea souvent de possesseurs ; il fut brûlé, reconstruit, rasé, puis rebâti de nouveau, jusqu'à ce qu'il passât, au dix- septième siècle, entre les mains de la famille saxonne des Dohna, dont l'un, le comte Frédéric, alors gouverneur de la principauté d'Orange, appartenant à la maison de Nassau, jouissait d'une haute considération auprès du gouvernement genevois. Entre 1673 et 1674, Bayle passa, en qualité de secrétaire et de précepteur de ses enfants, dix-huit mois à Coppet, qu'il ne mentionne d'ailleurs en aucun endroit de ses écrits. En 1713, un des élèves du philosophe, le conite Alexandre, transmit Coppet au baron Sigismond d' Erlach, qui ne le garda pas longtemps. Après de fréquents changements de propriétaires, le château vint aux mains du banquier ThéIusson,qui Je vendit à Necker. Celui-ci s'engagea dans l'acte d'achat à se montrer bon et fidèle vassal de ses nouveaux seigneurs, Leurs Excellences du Grand Conseil de Berne, et à ne pas aliéner, sans leur permission spéciale, la baronnie de Coppet à d'autres qu'à des protestants. Cette clause, introduite par l'intolérance des conseillers de Berne, n'aurait pas permis à Voltaire, né catholique, de devenir propriétaire à Lausanne. C'est

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ainsi que, moyennant cinq cent mille livres et le payement d'un tiers de cette somme au gouvernement de Berne, Necker, qui avait songé un moment à remplacer Voltaire à Ferney, devint châtelain féodal de Coppet.

Empruntons h son arrière petit-fils, le vicomte d'Haussonville, une description de cette demeure, qui appartient à l'histoire de la famille Necker comme le cadre au tableau :

« Le château é.ait alors comme aujourd'hui un grand bâtiment sans caractère accentué. Ce bâtiment se compose de trois corps de logis qui forment en se repliant une cour intérieure. On ne pénètre dans cette cour qu'en passant sous une voûte, et une vieille grille en fer, qui devait autrefois former un pont-levis, la sépare du parc. Cette grille est flanquée de deux grosses tours, dont l'une est moderne, mais dont l'autre (qui est précisément la tour des archives), atteste son ancienneté par l'épaisseur de ses murailles et cache dans ses soubassements un gros pilier muni d'un anneau en fer, auquel on attachait autrefois les prisonniers. D'une longue galerie située au rez-de-chaussoe où M. Necker installa sa bibliothèque en attendant qu'elle devînt un jour la salle de spectacle, on n'aperçoit d'autre vue que les sommets d'une rangée de platanes, dont le feuillage épais cache les maisons du village. Mais, du balcon qui court le long des fenêtres du premier étage, on découvre un paysage qu'on n'oublie point et dont l'attrait ramène souvent à Coppet ceux qui l'ont une ' fois contemplé, de même que, suivant une croyance

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