‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 104 sur 298 · CHAPITRE TROISIÈME 2 1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME 2 1 I

lustre contemporain et compatriote Haller, dans des vers que tout le monde répétait au temps de la jeunesse de M"^^ Necker :

Zu schlecht ist, was vergeht. Du willst das Herz Fallein, Und ewig wie Du selbst, muss auch Dein Opfer sein !

« L'homme n'est rien, Dieu est tout » , dira-t-elle à une époque qui était bien éloignée encore d'être celle de la vieillesse ; « c'est dans son sein qu'il faut chercher un asile contre sa propre pensée ».

Sa participation aux destinées futures de son mari conserva le caractère d'un dévouement complet, absolu, qui ne perdait pas de vue cette règle que « le meilleur moyen de n'être pas oublié des autres, c'est de ne jamais penser à soi » . Mais le second ministère de Necker, avec ses difficultés et ses responsabilités, n'eut pas seulement pour résultat d'ébranler vivement les forces physiques de sa femme, il la mit de plus dans l'impossibilité de suffire intellectuellement aux besoins d'une situation totalement changée. A Goppet, au contraire^ elle aussi écrivait beaucoup, et ses notes posthumes datent surtout de cette époque.

Quant à Necker, il revint aux travaux littéraires, pour écarter des vœux et des souvenirs dont la force s'était accrue non seulement par les hommages dont il continuait à rester l'objet, mais plus encore par les bévues et l'incapacité de ses successeurs. Il venait de publier son livre Sur r importance des idées reli-

gieuses, livre couronné par T Académie, quand le roi le rappela à la tête des affaires. On a publié les lettres dans lesquelles sa fille a consigné l'impression des conversations échangées avec lui dans cette conjoncture : « Nous avons été nous promener, mon père et moi, sur le soir », écrit-elle à son amie M"* Huber- « Le soleil étoitprêt à se coucher, la nature étoit si belle ! Ah ! qu'un graad homme est mieux placé au milieu des grandes merveilles de la création que parmi la foule de ses semblables ; que cette analogie le dégrade I.... Nous avons parlé du nouvel ouvrage auquel il travailloit. Je croyois qu'il lui donneroit pour titre : De r existence de Dieu, mais ce sera : De ï importance des idées religieuses ; il trouve que ce titre se rapproche plus de ses premières occupations et semble indiquer les vues d'un homme d'Etat. Il faut donc obtenir des hommes la permission de les entretenir de l'éternité en leur parlant du présent, et ils appelleroient vain et inutile tout ce qui n'auroit que l'âme et l'immortalité pour objet. Mais quelle belle idée que cet ouvrage pour mon père ! quel noble début je m'imagine !... qu'il est beau de faire sentir par quelles vérités l'homme d'Etat peut se détacher des grands intérêts qui l'ont si vivement agité et quelles consolation, sans bornes comme sa pensée, il peut retrouver dans sa retraite !

« Je crois que, si on donnoit à tous nos amis à deviner quel ouvrage mon père fait, aucun ne le nommeroit, M. de Guibert lui-même seroit bien loin de le deviner. Cette idée frappera peut-être son imagination ; un grand homme qui vient appuyer de tout

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