‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 110 sur 298 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

demandé sa main \ Cet homme a reparu dans son existence. C'était le comte Louis de Narbonne, dont le mariage, conclu en 1782, indique qu'au moment où il songeait à épouser AP'^ Necker, celle-ci n'était guère âgée de plus de seize ans.

La santé de M'^^ Necker obligea la famille à passer une partie de l'hiver de 1785 à Montpellier, dont la célèbre Faculté de Médecine attirait des malades de tous les pays. La seule trace de ce séjour se trouve dans une correspondance suisse, qui dépeint la famille Necker comme « consumée de vapeurs et d'ennuis ^) . Revenue à Paris avec ses parents, M^'^ Necker commença à y remplir les devoirs d'une maîtresse de maison. Elle correspondait avec les amis de sa mnre et les recevait à la campagne, lorsque celle-ci était souffrante. L'un deux, sir John Sinclair, se souvenait du plaisir qu'elle lui avait causé en lui chantant des ballades écossaises ^ Une autre amie delà maison, peu disposée à la gaieté, la comtesse de Sabran, raconte pourtant, dans la charmante correspondance qu'on a publiée d'elle, qu'il lui était impossible de résister à la pétillante bonne humeur de la jeune fille *.

Le retour à Paris fit mûrir les projets relatifs à son établissement.

Depuis les jours de Louis XIV et de l'alliance du

** Varnhagen von Ense, Mémoires et Mélanges : Justiis Erich Bollmann, I, 1 à 13.

^ Gaullieur, Etudes sur V histoire de la Suisse française, . ^ Sir John Sinclair, Correspondence, I, 153-154.

* E. de Magnieu et H. Prat, Gorrespondaîice de la comtesse de Sabran, 254.

Nord, les Suédois jouissaient dans la capitale de la France d'une popularité à laquelle la politique n'avait donné que l'impulsion. On appréciait toujours en eux les alliés de Richelieu et de la couronne de France, et les Suédois, de leur côté, se passaient difficilement des subsides qui, depuis l'époque du grand cardinal, figuraient presque à poste fixe dans leur budget. Mais indépendamment des raisons politiques, on accueillait les Suédois à Paris »comme des hôtes agréables et de chevaleresques soldats. Les prédécesseurs du comte de Creutz avaient vu rehausserleur situation par leurs qualités personnelles autant que par leur habileté diplomatique. On avait surtout gardé un bon souvenir du comte de Sparre, ambassadeur à la cour de Louis XV pendant la première moitié du règne de celui-ci, et dont la beauté n'était pas moins admirée que l'esprit. Un jour, à un dîner auquel étaient invités tous les ambassadeurs, le roi l'avait interpellé en ces termes : « Monsieur de Sparre, vous n'avez pas la même religion que moi ; cela me fait de la peine, car je ne vous retrouverai pas en paradis ». A quoi l'ambassadeur répondit sans hésiter : « Pardonnez-moi, Sire ; mon maître m'a ordonné d'accompagner Votre Majesté partout où elle ira ».

En Suède, on cultivait la philosophie de Descartes, la littérature, l'industrie et l'art français, et on regardait du côté de Paris comme vers une autre Mecque. Les bons rapports entre les deux nations subirent une altération lorsque, en 17 20, le parti aristocratique à Stockholm s'empara du pouvoir et porta atteinte

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