‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 115 sur 298 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

entre la comtesse de Bouffiers et M™® Necker, poursuivait Staël, n'a pas nui à son affaire ; seulement, M"^ Necker a déclaré formellement qu'un homme dont la situation serait assurée, en France, pouvait seul espérer devenir son gendre ; ni elle ni son mari ne voulaient se résoudre à une séparation prolongée d*avec leur fille M"^ Necker n'avait alors que quatorze ans, et Staël en avait trente ; mais en dépit de toutes les dilïi cultes qu'on lui opposait, il ne perdit plus de vue, à partir de ce moment, l'idée de ce mariage. Dans une série de lettres dont le ton devenait de plus en plus pressant, il adjurait le roi de lui assurer le but de ses désirs, la succession du poste d'ambassadeur à Paris. Pour arriver à ses fins, il mettait en mouvement l'influence de ses amis. Gustave III, tout en répondant avec bienveillance, ne faisait pas de promesse positive. Oeutz lui écrivit alors, en 1782, que la perspective de cette succession vaudrait à Staël une des plus grandes fortunes de l'Europe et lui permettrait, grâce à cinq cent mille livres de revenu, de déployer un luxe et d'occuper une position analogues à ceux d'un duc de Soubise, entre autres ; seulement, il ne fallait pas perdre de temps, car les parents de M'^^ Necker disposeraient bientôt de leur fille. Les efforts de Creutz et les prières réitérées de M™° de Bouffiers et de son protégé semblaient trouver enfin une oreille favorable. Gustave promit à son amie, en cas de mouvement diplomatique à Paris, d'y nommer un ministre plénipotentiaire, et d'appeler à ce poste le baron de Staël. Celui ci témoigna vivement sa

reconnaissance au roi par une lettre de juillet 1782. L'année suivante eut lieu le mouvement prévu. Creutz, nommé chancelier et ministre des affaireä étrangères, retourna en Suède. Mais en même temps Staël éprouvait une cruelle déception : le roi, oublieux de sa promesse, paraissait résolu à envoyer à Paris son ami personnel, le baron Taube. « L'état où je me trouve est alfreux », écrivait Staël, « et je ne puis être sauvé du précipice, si Votre Majesté ne

daigne révoquer l'arrêt qui fait mon malheur

Toutes les espérances pour mon mariage doivent nécessairement s'évanouir, car M. Necker ne donnera certainement pas sa fille à un homme qui semble avoir perdu à la fois la bienveillance et la confiance

de son maître Si Votre Majesté persistait dans

sa résolution... alors je me retirerais dans quelque coin de la terre d'où elle n'entendrait plus ni mes prières ni mes plaintes importunes, et où je reprocherais au sort, en silence, de m' avoir fait naître le seul de vos sujets dont vous ayez voulu, Sire, faire le malheur ! » Cependant la situation n'était pas aussi mauvaise que la représente cette lettre. Une autre personne était intervenue en faveur de Staël et avait fait pencher la balance en sa faveur. Cette personne était la reine. En 1771, étant encore Dauphine, elle avait vu d'un mauvais œil que le roi de Suède, pour atteindre son but, ne dédaignât pas de rendre visite à M""^ Du Barry et offrît un collier précieux à son bichon ; mais, depuis, les relations entre elle et Gustave étaient redevenues très amicales, et elle voyait volontiers à sa cour les gentilshommes sué-

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