CHAPITRE TROISIÈME
dois. Elle avait d'abord songé à un mariage entre le comte Stedingk et M'^^ Necker. Cette idée n'eut pas de suite, Stedingk préférant rester libre. Mais le baron de Staël aussi était dans ses bonnes giâces, et dès 1781, dans un billet au roi de Suède, elle manifestait l'espoir de le voir rester à Paris. En mars 1783 on lui rappela l'affaire, et Creutz écrivit à son souverain qu'il se permettait de lui répéter, dans son intérêt propre, qu'il fallait s'attendre à un sérieux mécontentement de la part de la cour de France, si Staël n'était pas enfin nommé. Gustave était alors en Italie. Moins que jamais il ne pouvait se passer des subsides français, ses revenus ne suffisant pas à son goût du luxe et de- la dépense. Quelque opposée que fût à ses propres vues la nomination de Staël, il l'accorda à la reine. L'année 1783 n'était pas écoulée que son secrétaire devenait chargé d'alfaires, puis ministre plénipotentiaire, et enfm, suivant l'usage de l'époque, ambassadeur pour six ans. 11 était si bien vu à Versailles, que Creutz affirmait n'avoir jamais reçu lui-même de semblables témoignages de faveur, ni de la part de Louis XVI ni de celle de la leine. De Florence, Gustave écrivit à son nouvel ambassadeur : « Si vous épousez M^^^ Necker, vous serez le plus riche seigneur de notre pays, et vous pourrez pour lors dire, comme César, qu'il vaut mieux être le premier dans sa patrie que le second dans Rome ». Et un peu plus tard : « Si au bout de tout cela vous épousez M"^ Necker, je dirai que vous aurez fait une fort belle ambassade. Voyez si vos négociations réussissent sur ce point ; en ce cas je pour-
rais bien venir signer votre contrat de mariage».
Le roi ayant fait ce qu'on exigeait de lui, attendait d'autant plus impatiemment le dénouement promis. Mais Staël n'était pas au bout de ses épreuves. Quand, en mai 1784, Gustave arriva à Paris, il n'y trouva point le contrat de mariage sous lequel il avait promis démettre son nom. Les Necker étaient en Suisse, et fatigués de ces longs retards, ils ne paraissaient plus tenir autant à cette alliance. Or, le séjour du roi à Paris coûtait à son ambassadeur la somme de deux cent mille livres. Dans cette conjoncture pénible, la comtesse de Bouffiers intervint de nouveau pour sauver son ami Staël ; elle s'adressa plusieurs fois à Goppet et obtint enfin les conditions définitives auxquelles la famille Necker consentait à reprendre le projet d'union. Ces conditions, datées du 21 mai 1784, étaient:
1° L'assurance de l'ambassade de Suède à Paris « pour toujours ».
2° Une pension de 25,000 francs en cas que, par des circonstances imprévues, M. de Staël perde son ambassade.
3° Le titre de comte afin que M"° Necker ne puisse être confondue avec une « certaine baronne de Staal, assez mauvais sujet ».
4° L'ordre de l'Etoile polaire pour M. de Staël.
ô La certitude que jamais l'ambassadeur n'emmènera sa femme en Suède que passagèrement et de son consentement.
6° La reine Marie-Antoinette devra témoigner qu'elle désire ce mariage.