CHAPITRE TROISIÈME
Tandis que ces conditions parvenaient à leur adresse pour être soumises au consentement du roi de Suède, le destin ourdissait de nouveaux complots contre Staël. Dans le cours de l'année 1785 se présentait un autre prétendant à la main de ÄP^^ Necker. Ce n'était rien moins qu'un prince allemand, Georges- Auguste de Mecklembourg , frère du duc régnant, homme de quarante ans, dont la demande n'avait pas , d'ailleurs , un motif moins intéressé que les conditions imposées par Necker au baron de Staël. Il recherchait la main de W^"" Necker « parce que, étant cadet de famille et depuis vingt ans major dans l'armée impériale^ il avait été forcé de contracter des dettes considérables ». La circonstance qu'il faisait valoir à son avantage était celleci que, par son mariage avec lui, M"^ Necker devenait belle-sœur du roi d'Angleterre. Necker répondit que la loyauté lui faisait un devoir d'attendre le résultat des négociations déjà commencées, et il ne fut plus question du prince allemand. Dans l'intervalle, le mariage avec Staël ne paraissant pas devoir aboutir, Fersen pensa un moment à demander la main de la jeune fille. Après le retour de Gustave en Suède, il était revenu à Paris pour y reprendre le commandement de son régiment, et il avait retrouvé la cour et la ville animées des meilleures dispositions à son égard. Le roi de Suède était à Malmoé, quand le bruit de ce nouveau projet arriva jusqu'à lui. Combien il eût été heureux de le voir réussir, c'est ce que nous apprend une lettre qu'il adressa à Fersen en juin 1785 : « Si j'en de-
vais croire les gazettes, vous êtes prêt de conclure un grand mariage auquel le pauvre Staël aura sans doute échoué. Au reste, je n'en serais pas étonné ; il y a cent raisons pour M. Necker de vous donner sa fille préférablement à tout autre, et votre grande fortune future n'en est pas une petite aux yeux d'un banquier. Mais, connaissant le peu d'envie que vous avez de vous marier et votre prédilection pour les Anglaises, j'en doute encore * » .
L'allusion que fait ici le roi se rapporte à un projet de mariage entre Fersen et une très riche jeune fille, M^^" de Leyel, dont le père s'était fait naturaliser Anglaise Le jeune homme y avait songé avant son départ pour l'Amérique, mais le roi avait raison : Fersen ne se maria jamais. « Vous aurez déjà vu », écrivait-il à son père, « que l'idée que j'avais eue quant à M"^ Necker n'aurait pu avoir lieu, quand même vous y auriez consenti, à cause de mon ami Staël, à qui cela convient parfaitement et beaucoup mieux qu'à moi ; je n'y avais pensé que pour vous plaire, mon cher père, et je ne suis pas du tout fâché que cela ne se puisse pas réaliser » ^ Devant cette décision, le roi n'eut plus qu'à coder.
Lors de la paix de Versailles, il avait aussi posé ses conditions, et, en échange de la nomination de Staël, réclamé l'île de Tabago, dans les Antilles,
* Léouzon Le Duc, Correspondance du baron de Staël, introduction.
2 Klinckowström,Le comte de Fersen et la cour de France, introduction, XXXVI.
3 Id. ibid. introduction, XXXIX.