CHAPITRE TROISIÈME
Marmontelse vante d'avoir le premier suggéré à la famille Necker l'idée de cette union. Necker constitua en dot à sa fille la somme, énorme pour le temps, de 650,000 livres \
On doit au comte de Guibert un intéressant portrait, censément traduit d'un poète grec, où, suivant la mode du jour, M^'^ Necker est représentée sous un nom allégorique.
« Zulmé,y est-il dit, n'a que vingt ans, et elle est la prêtresse la plus célèbre d'Apollon ; elle est la favorite du Dieu ; elle est celle dont l'encens lui est le plus agréable, dont les hymnes lui sont les plus chers ; ses accents le font, quand elle le veut, descendre des cieux, pour embellir son temple et pour
se mêler parmi les mortels Ses grands yeux noirs
étinceloient de génie ; ses cheveux, de couleur d'ébène, retomboient sur ses épaules en boucles ondoyantes ; ses traits étoient plutôt prononcés que délicats ; on y sentoit quelque chose au-dessus de la destinée de son sexe » .
Sainte-Beuve raconte qu'il a eu sous les yeux un portrait de M^^^ Necker toute jeune, qui confirme cette description à la plume : Cheveux épars et légèrement bouffants, l'œil confiant et baigné de clarté, le front haut, la lèvre entr' ouverte et parlante, modérément épaisse en signe d'intelligence et de bonté ; le teint animé par le sentiment ; le cou, les bras nus, un costuaie léger, un ruban qui flotte à la ceinture, le sein respirant à pleine haleine. Nous
* D'Baussonville, Le salon de madame Necker, II, 74. I 16
connaissons le portiait auquel il fait allusion ; c'est celui de Rehberg. « Telle pouvait être la Sophie de Y Emile » , conclut le grand critique, « tel l'auteur des Letù^es sur Jean- Jacques, accompagnant l'admirable guide en son Elysée, s'excitant de chacun de ses pas, allant, revenant sans cesse, tantôt à côté et quelquefois en avant * ».
Quelques jours après lasignature du contrat par le roi et la reine de France, le samedi 14 janvier 1786, le mariage de M''^ Necker avec le baron de Staël fut célébré dans la chapelle de l'ambassade de Suède, avec toute la pompe qui convenait au rang et à la situation sociale des nouveaux époux.
^ Sainte-Beuve, Portraits de Femmes : il/*"« de Staé'L 82.