‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 120 sur 298 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Une note officielle du 3 février 1786 constate l'entrée de la jeune ambassadrice de Suède dans la société parisienne par sa présentation à la cour : « La baronne de Staël de Holstein, épouse du baron de ce nom, ambassadeur extraordinaire du roi de Suède, conduite par le S' Tolozan, introducteur des ambassadeurs, et le S"" de Ségneville, secrétaire ordinaire du roi pour la conduite des ambassadeurs^ a été présentée le 31 à Leurs Majestés et à la famille royale. Cette ambassadrice a dîné le même jour à une table de quatre-vingts couverts tenue par le marquis de Talaru, premier maître d'hôtel de la reine, et dont la princesse de Chimay, dame d'honneur de Sa Majesté, a fait les honneurs * ».

Ce jour mémorable ne fut pas exempt de péripéties. Au moment, par exemple, où l'ambassadrice faisait devant la reine les trois profondes révérences obligties, à la suite de la dernière desquelles la dame

* Geffroy, Gustave III et la cour de France, I, 392, note.

présentée, saisissant le bord de la robe de la souveraine, devait sembler vouloir la baiser, une dentelle se détacha de la longue traîne de M"° de Staël, et celle-ci, un peu gênée dans ses mouvements à cause de sa vue basse, se trouva dans un pénible embarras. 1 Le roi, qui était présent, lui dit en souriant : (( Si vous ne vous trouvez pas à votre aise chez nous, vous ne vous y trouverez nulle part » ; quant à Marie- Antoinette, non moins aimable, elle fit réparer aussitôt le mal par une de ses femmes de chambre. ^ Si insignifiant que fût l'incident, il n'en donna pas moins lieu à un élogieux quatrain que nous a conservé la Correspondance de Grimm :

Le timide embarras qui naît de la pudeur, Bien loin d'être un défaut, est une belle grâce ; La modeste vertu ne connaît pas l'audace, Ni le vice effronté l'innocente rougeur.

11 provoqua en même temps quelques remarques peu charitables de la part de la baronne d' Oberkirch, la première en date des nombreuses adversaires que M™® de Staël devait rencontrer parmi les personnes de son sexe. Elle reproche à la fille de Necker la raideur de ses manières et sa pruderie toute genevoise, tout en lui accordant les dons du génie. A ces critiques s' en ajoutait une autre. Au dire des personnes compétentes en cette matière. M""' de Staël ne s'ha-

* Simond, Voyage en Suisse, I, 295.

* De Lescure, Correspondance secrète, etc., 1777-1792, II, 13. — Baronne d' Oberkirch, Mémoires.

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