‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 125 sur 298 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

pieux Saint-Martin il remonte à Jacob Bœhme, et n'a donc pas moins une origine allemande que les décou vertes de Mesmer et les plans de Weishaupt. Plus tard, cette tendance reprise par quelques romantiques et poursuivie dans leur sens, ne devait pas rester sans influence sur M""® de Staël. Quand, en i802, Lacretelle jeune lui rendit visite à Coppet^ elle parla de ces choses et lui dit à propos de sss anciennes impressions à ce sujet : « Savez-vous que j'ai été sur le point de devenir Martiniste illuminée, et que je n'en ai été détournée que par la crainte d'un petit grain de folie?... Saint-Martin avait fait quelques prosélytes en France. Je suis convaincue que sans la Révolution il en eût beaucoup augmenté le nombre, tant nos âmes étaient fatiguées du matérialisme. Déjà il obtenait des succès merveilleux dans une petite assemblée, j'ai presque dit une petite église de fidèles. La princesse de Bourbon y présidait, et quelques hommes éloquents, tels que MM. Bergasse et d'Espréménil, étaient pour Saint- Martin des conquêtes plus précieuses. Bernardin de Saint-Pierre aurait aidé au succès de cette mission par le charme de son style, et qui sait si moi-même, dans le jeune enthousiasme qui m'avait fait écrire les lettres sur J. J. Rousseau, je n'aurais pas été une adepte plus ou moins timide d'une doctrine si attrayante pour le cœur ? Mais un charlatan, Gagliostro, s'est élancé de ses tréteaux pour pénétrer dans le sanctuaire de la petite église naissante... Et tout cela se passait en France huit ans après la mort de Voltaire. Vous voyez que le merveilleux est comme la mer qui ne.

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quitte une plage que pour en couvrir une autre»'. Si M'"*' de StaiÜ ne se laissa pas gagner alors à ces tendances religioso-mystiques, il n'en fut pas de même de son mari, à qui elles se présentaient sous l'aspect séduisant d'un courant d'idées national. Comme les pays du Nord en général, la Suède y avait de tout temps été accessible. « Votre Majesté sait que la Suède est le pays des esprits, des apparitions et des prodiges », éciivait à son souverain Joseph de Maistre, qui à Saint-Pétersbourg fréquentait beaucoup le comte Stedingk et ses compatriotes .- Pour ne pas remonter au delà du dix -huitième siècle, le grand Linné, entre autres, offre sous ce rapport un exemple remarquable . ^ Presque en même temps que les premiers écrits du théosophe Saint-Martin, qui par leur profonde conception du christianisme captivaient des hommes tels que le comte de Maistre lui-même, paraissait à Paris, en 1783, la première traduction du livre de Swedenborg, Merveilles du ciel et de l' enfer. Gustave III, lui aussi, était bien en cela le fils de son temps ; au lieu de puiser la consolation et les lumières à la source pure du vrai sentiment religieux, il allait les chercher aux flots troubles des affluents de la superstition ; il interrogeait des aventurières

* Charles Lacretelle, Testament philosophique et littéraire, II, ; 8-89.

2 A. Blanc, Mémoires et correspondance politique du comte Joseph de Maistre,329.

^ Geffroy, extraits de la Nemesis divina, manuscrit conservé aux archives d'Upsal, et Gustave 111 et la cour de France, I, 61, II, 253.

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