CHAPITRE QUATRIÈME
petits chapitres sur les différences entre timit et saillie^ véracité et franchise ; le comte de Thiars mit fin à la chose, avant qu'elle devînt trop ennuyeuse, par une piquante définition à'ânesse et bourrique. Un court récit, La Folle de la forêt de Sénart^ est aussi de W^ de Staël. Un jour qu'elle laissa tomber sa plume, iMarmontel, qui était présent, la ramassa et improvisa ces vers :
Cette plume est une de celles Qu'à vos pieds déposa l'Amour, Quand ce dieu, fixé sans retour, Vous laissa lui couper les ailes . ^
La dernière mention de M™® de Staël faite dans la Correspondance de Grimm est de 1789. L'abbé Barthélémy, connu jusque-là seulement par des travaux d'érudition, venait de publier, à soixante-douze ans, son Voyage du jeune Anacharsis, dont le succès avait été énorme. W^ de Staël le célébra dans une pièce de vers qui se termine ainsi :
De cette Athènes qu'on révère Vous seul avez su rapporter La lyre d'or du vieil Homère; Prêtez-la moi pour vous chanter. ^
Mais ses vraies occupations littéraires, en ces années, étaient les lettres adressées à Gustave III, sous le nom àQ Bulletin de nouvelles; elles renseignaient le roi sur les faits et gestes parisiens de
1 Grimm, Correspondance littéraire, XIV, 365, mai 1786.
2 Grimm, Correspondance littéraire, XV, 401, février 1789.
26o MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
nature à l'intéresser. Le côté curieux de ces lettres pour la biographie de M""" de Staël, c'est qu'elles nous apprennent quels faits éveillaient de préférence son attention. Le preuiier de ses bulletins, qu'elle priait son correspondant royal de jeter au feu après l'avoir lu^ est du 11 mars 178G et répond aune lettre autographe du roi, qu'elle ne devait jamais connaître personnellement. * Ni alors ni plus tard elle ne réussit dans sa tentative de le flatter avec la finesse presque imperceptible qui seule aurait pu lui plaire, car elle commença par lui assurer qu'il lui aidait à comprendre Louis XIV et que, de même qu'à ce roi, tout ce qui se faisait de bien devait lui être imputé à lui-Tnème ; elle ajoutait qu'il pouvait conquérir des sujets par ses lettres, st?ns avoir besoin de recourir pour cela à des traités. Quelque exagérés que fussent ces hommages, elle sut prendre assez vite, là où il s'agissait de faits et d'événements, le ton convenable, et émettre des jugements à peine influencés par la situation de celui à qui elle les adressait.
Le premier incident que relève M"™^ de Staël est la réception de son ami, le comte de G uibert, à l'Académie française, en remplacement de Thomas. Elle dit de G uibert qu'il possède l'éloquence énergique et passionnée qui entraîne la multitude ; une phrase sur les sages administrateurs, ajoute-t-elle, a valu à Necker une chaude ovation. Elle ne dit pas que le récipiendaire avait trouvé aussi moyen de lui adresser
* Lettres inédites de M""^ de Staël, appartenant à la bibliothôque de l'IJûiversité d'Upsal.