‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 129 sur 298 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

un hommage à elle-même, rappelant les jours où elle était encore jeune fille. * L'orateur, ajoute-t-el!e, a été reçu froidement par le roi, et la cour Ta accusé de pathos, « le ridicule que les âmes froides donnent aux âmes ardentes. Ils appellent exagéré tout ce qu'ils ne sentent pas, et disent qu'on est monté sur des écbasses alors qu'on est plus grand qu eux ». Suit une anecdote sur l'abbé Maury, qui venait de prononcer l'oraison funèbre du duc d'Orléans. « Il allait, il y a quelques jours, chez M"^^ de Flahaut ; elle commença par se plaindre de ce qu'il était resté si longtemps sans la voir. — Hélas ! Madame, lui répondit l'abbé Maury, j'ai un de mes amis, l'abbé de Boismont, attaqué d'une paralysie qui a occupé tous mes moments ; il vient hier de récompenser mes soins d'une manière bien généreuse ; il m'a résigné son bénéfice. — Ah ! tant mieux I lui répondit M""^ de Flahaut; maintenant que vous êtes libre, nous nous verrons plus souvent. « Ce n'est pas un homme sans talent, au contraire », ajoute prophétiquement M™''de Staël au sujet du futur orateur de la droite ; « l'âme et le cœur exceptés, rien ne lui manque ».

C'était le moment où Cagliostro, accusé de fourberies, venait d'être enfermé àla ßastilleavec sa femme. « Sa détention et surtout celle de sa femme n'excitent pas moins l'intérêt ou plutôt la pitié générale. Dans ce pays-ci les victimes de l'autorité ont toujours l'opinion pour elles. On a été tenté un moment par cette raison de réchaulïer pour le cardinal ». Il

* Baronne d'Oberkirch, Mémoires^ ch. xxxi.

s'agit ici du cardinal de Rohan, le triste héros de l'affaire du Collier. « Mais le soupçon dont on le flétrissait était d'un genre trop bas pour exciter aucun mouvement vif, ni pour ni contre lui... 11 n'y aura pas de nonce en France jusqu'au moment où le procès du cardinal sera terminé ; on l'a suspendu à Rome, aussi les faiseurs de pointes disent-ils que, quelques avanies qu'il éprouve à Paris, il recevra toujours beaucoup de politesses à Rome^ parce qu'on lui ôtera son chapeau. Je crois qu'on pourrait écrire l'histoire de France en jeux de mots, car il y en a eu sur tous les événements les plus importants ».

« M«"^ de Genlis vient d'hériter de 200,000 livres de rente à la mort de M""^ la maréchale d'Estrées. Elle doit compte de ce qu'elle en fera, car elle a associé le public à toutes ses actions )).

« Il vient de paraître un mémoire de M. Dupaty, premier président du Parlement de Bordeaux, pour plaider la cause de trois hommes innocents condamnés à la roue, dont tous les honnêtes gens sont enthousiastes. Mille morts sur un champ de bataille ne révoltent pas comme un supplice injuste. La jurisprudence criminelle en France induit souvent le juge en erreur, et il serait à souhaiter que le cri public forçât à des changements. Les conversations des sociétés ne sont plus oiseuses puisquec'est par elles que l'opinion publique se forme ; les paroles sont devenues des actions, et tous les cœurs sensibles vantent avec transport un mémoire que l'humanité anime, et qui paraît plein de talent parce qu'il est plein d'âme. Il a pourtant été dénoncé au Parlement hier. On prépare

Page 1