‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 133 sur 298 · CHAPITRE QUATRIEME 27 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME 27 I

qu'on ait trouvé pouramuser les hommes rassemblés, ou plutôt pour les occuper. Le plus grand plaisir d'une maîtresse de maison est de se débarrasser de tous ceux qui sont chez elle en les enchaînant à des tables de quinze ou de trictrac. Il y avait une telle foule à Fontainebleau, qu'on ne pouvait parler qu'à deux ou trois personnes qui jouaient avec vous, et l'on ne retiraitdu plaisir d'être dans le monde que l'agrément d'être étouffé ; mais c'était surtout autour de la reine que les flots de la foule se précipitaient. 11 est, je crois, difficile de mettre plus de grâce et de bonté dans la politesse ; elle a même un genre d'affabilité qui ne permet pas d'oublier qu'elle est reine et persuade loujours cependant qu'elle l'oublie. L'expression du visage de tous ceux qui attendaient un mot d'elle pouvait être assez piquante pour les observateurs. Les uns voulaient attirer l'attention par des ris extraordinaires sur ce que leur voisin leur disait, tandis que dans toute autre circonstance les mêmes propos ne les auraient pas fait sourire. D'autres prenaient un air dégagé, distrait, pour n'avoir pas l'air de penser à ce qui les occupait tout entiers ; ils tournaient la tête du côté opposé, mais malgré eux leurs yeux prenaient une marche contraire et les attachaient à tous les pas de la reine. D'autres, quand la reine leur demandait quel temps il faisait, ne croyaient pas devoir laisser échapper une semblable occasion de se faire connaître et répondaient bien au long à cette question ; mais d'autres aussi montraient du respect sans crainte et de l'empressement sans avidité. — Sans doute ce tableaun'est pas nouveau pour un roi, toutes les

cours se ressemblent ; mais quand les hommages dus au trône sont mérités par le génie, quand on se courbe par d woir devant celui qu'on aurait honoré par choix, les plus grandes marques du plus profond respect et du plus vif dé^^ir de plaire rappellent plutôt le mérite de celui qui les reçoit que le rang qu il occupe. — Le roi de France ne paraît pointen société ; l'on y rencontre toute la famille royale, mais l'on ne voit le roi qu'à son coucher, à son lever, et le dimanche lorsqu'on lui fait sa cour. Il ne va jamais au jeu de la reine, il chasse et lit; mais c'est assez plaisant d entendre dire quand il ne chasse pas ou qu'il ne va pas au spectacle : « Le roi ne fait rien aujourd'hui », c'est-à-dire qu'il travaille toute la soirée avec ses ministres » .

A l'occasion d'une pièce de théâtre tombée à Fontainebleau et de la défense faite de siffler en présence du roi, M^° de Staël remarque qu'on a protesté contre cette défense en applaudissant si à propos des platitudes, que jamais sifflet n'a été plus cruel. « Paris » , ajoute-t-elle, « par esprit républicain, applaudit ordinairement ce qui est tombé à Fontainebleau ; mais cette fois -ci la cour et la ville ont été d'accord ».

Vers la fin de ce siècle, le chevalier de Boufflers donna un rare exemple de dévouement,, en se rendant pour la seconde fois au Sénégal, afm d'y faire planter des cannes à sucre et d'engager successivement les nègres des côtes d'Afrique à cultiver librement dans leur pays cette denrée qui était la cause de tous leurs malheurs. « Quelle gloire pour un siècle » ,

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