CHAPITRE QUATRIÈME 3o
conviction. Kn 1731, l'abbé Pucelle, un des premiers orateurs du Parlement de Paris, neveu, par sa mère, du maréchal de Gatinat, jugeait comme il suit l'action exercée par cette bulle : « Depuis qu'elle a été reçue en France, cette bulle funeste, une enceinte de maux nous environne de toutes parts ; toutes les sources du bien sont fermées, toutes les écoles corrompues : qu'est devenue la Sorbonne, d'où l'on a exclu cent docteurs les plus savants et les plus attachés aux maximes du royaume? Qu'est devenue la célèbre maison de Sainte-Barbe, qui a fourni tant de sujets d'élite à l'Eglise et à l'Etat ? Elle a été détruite avec l'appareil effrayant d'un lieutenant de police escorté de quarante exempts... Le mal croît et s'invétère tous les jours ; notre devoir est de tenter les derniers efforts ... 11 est clair que la bulle est le fléau de l'Eglise et du royaume. Depuis qu'elle a paru, quel bien a-t elle produit?... Tous les ordres, tous les corps ne sont-ils pas bouleversés * ? »
De cette épuration de l'église catholique tentée en France par le cardinal Fleury, celle-ci ne s'est jamais remise. Sans doute, dans son immense majorité, la nation vivait et mourait conformément à sa foi ; autrement, l'ordre social aurait dès ce moment cessé d'exister. Mais les idées religieuses perdirent leur force sur l'esprit et le mouvement intellectuel du temps ; dans la longue lutte des partis cette force s'était paralysée. Presque toutes les villes du royaume
* Cité par Gh. Aubertin, Les orateurs de la Fronde et les parlementaires jansénistes du dix huitième siècle. Revue des Deux Mondes, 15 mai 1881, pag. 376-77.
comptaient parmi leurs habitants des théologiens exilés, des professeurs chassés de leur chaire, des prêtres suspendus ; des religieuses même devaiert, pour fait d'opinion, errer çà et là sans abri, et de bons catholiques mourir sans sacrements. Une anecdote curieuse à ce sujet se rattache à la visite de Joseph II à Paris en 1778. L'empereur exprima au roi le désir de connaître l'abbé de l'Epée, le bienfaiteur des sourds-muets ; mais ni Marie- Antoinette ni Louis XVI ne purent lui donner satisfaction, n'ayant jamais entendu parler de l'excellent prêtre, que l'archevêque de Paris avait suspendu sous Louis XV, pour cause d'idées jansénistes. *
Toute une littérature témoigne de ce que les âmes souffrirent alors et comment les chefs de l'Eglise catholique firent une vérité de ce mot : Desertiim faciunt, jjacem appellant. Le christianisme survit à de telles crises, mais l'Etat en meurt. Les convictions blessées se réfugièrent sous la protection des libertés parlementaires. En résistant aux abus de l'autol'ité ecclésiastique, on se formait h la résistance aux empiétements du pouvoir royal. De même que l'absolutisme monarchique s'était allié à la puissance ecclésiastique suprême, la réaction contre une oppression religieuse injuste conduisait maintenant à Topposition politique. La première feuille où se firent jour ces dispositions fut les Nouvelles ecclésiastiques ; poursuivies en tout lieu, elles étaient lues de tout le monde ; d'autre part, les précurseurs de la tribune
* Droz, Histoire de Louis XVI, î, 233.