‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 150 sur 298 · CHAPITRE QUATRIÈME SoQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME SoQ

vaises comme les bonnes raisons ». * Le livre de Nec- ]^er Sur l'importance des opinions religieuses éiaÂt un essai de conciliation entre la philosophie et la théologie, essai qui, si estimable qu'il pût être, laissait les choses en leur état, et au déisme bien intentionné et \ague duquel Rivarol opposa l'impitoyable dilemme : tout ou rien, il n'y a pas de milieu. Pour M°^« de Genlis, elle ne mérite pas de mention sérieuse ; ^ on disait d'elle qu'elle avait mis les erreurs dans sa vie, la morale dans ses livres. Rousseau reste donc l'initiateur des idées religieuses et le grand dompteur des âmes. M. Nisard a dit en termes aussi justes qu'heureux ; « Le moins que perde l'écrivain qui néglige l'antiquité classique, ce sont des lumières sur le cœur humain ; le moins que perde celui qui méprise l'antiquité chrétienne, ce sont des lumières sur son propre cœur». ^ Sans doute, Rousseau ne s'était pas pénétré, comme Montesquieu, de l'esprit des anciens, si honteusement négligés de son temps, au témoignage de Grimm et de tant d'autres juges compétents, et que la sagesse orgueilleuse de cette époque avait jetés par-dessus bord avec toutes les autres traditions ; il en savait en réalité aussi peu sur ce point que sur le christianisme même. Mais le peu qu'il avait tiré de l'un et de l'autre suffisait cependant pour donner au premier des écrivains modernes l'enthousiasme idéal, le souffle pénétrant de vie ; au père de la moderne dé-

* Nisard, Histoire de la littérature française, IV, 521. 2 Son livre est intitulé : De la religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable vhilosophie. ' Nisard, Histoire de la littérature française, IV, 49.

mocratie, la couleur républicaine. Ce qu'il avait recueilli de la tradition classique et chrétienne le ramena des écarts de la spéculation à l'étude des âmes et lui apprit l'éloquence qui lui soumit la jeunesse et les femmes, tandis que la simplicité et la clarté de ses théories sociales lui assurèrent l'empire sur les masses, qui ne le comprirent que trop bien. L'avenir allait démontrer que son système était faux, son état de nature celui d'un malade, son organisation de la société un essai de construction anarchique ; le présent sentait que la passion avec laquelle il exposait ses doctrines était réelle, et cette langue de la passion répondait aux besoins intimes des cœurs. Or, Rousseau la possédait, ornée de toutes les séductions d'un talent qui retrouvait pour la première fois des yeux pour la nature, l'expression pathétique du sentiment, la rêverie romantique, l'ardeur de l'inspiration.

De ces trois éléments de sa force, la jeunesse, le peuple et les femmes, ces dernières étaient celui qu'il estimait le plus. La première fois qu'il s'adressa au public, il avait dit, en citant Platon : « Les hommes seront toujours ce qu'il plaira lux femmes : si vous voulez qu'ils deviennent grands et vertueux, apprenez aux femmes ce que c'est que grandeur d'âme et vertu».* C'est aux feuimes qu'il songeait quand il disait de lui qu'il avait « senti avant de penser» , quand il écrivait au début de ses Confessions : « Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent ». 11 ne

* Si le rétablissement des Sciences et des Arts a contribué à épurer les mœurs ?

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