‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 153 sur 298 · CHAPITRE QUATRIÈME 3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 3l

brillant appareil dont il payait les frais de son propre nécessaire » . *

Ce sont à peu près là les seuls événements de sa jeunesse. En 1780, à vingt-six ans, elle épousa un savant sur le retour, Roland de la Platière, alors inspecteur des manufactures de Lyon^ plus âgé qu'elle de vingt ans. Un an plus tard elle mit au monde une fille, son unique enfant. En 1784 Roland mena sa femme en Angleterre, puis à»Paris, où il faisait avec son appui des démarches, rôstées d'ailleurs infructueuses, pour obtenir l'anoblissement. ^ En temps ordinaire, les deux époux vivaient à la canipagne, aux environs de Lyon. Le mari écrivait des mémoires et des dissertations savantes dont l'une , publiée en 1787, proposait de tirer des cadavres humains de l'huile et de l'acide phosphorique qu'on utiliserait pour l'agriculture. L'exemple des anciens Égyptiens l'induisit en 1788 à engager l'Académie de Villefranche à ériger un tribunal pour juger les morts. ^

Pendant ce temps, M™^ Roland s'occupait de sa maison et de son ménage, recevait les amis de son mari, qui admiraient avec respect la belle et enthousiaste jeune femme, et prenait soin de son époux et de sa fille, regardant le mariage comme une institution « qui confie à la femme le bonheur de deux êtres. » *

* Dauban, Etude sur 3i"« Roland el son temps, XXXIX, et texte, 75 et 93.

2 M"e Roland, Mémoires, 179.

3 ßaron de GIrardot, Roland et i»/""« Roland, I, 83, 185, cité par Taine, La Révolution, II, 109.

* Dauban, Etude sur M""« Roland.

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En attendant, son imagination continuait à travailler fiévreusement, et celte imagination était remplie et dominée par Rousseau. Comment eût-il pu en être autrement ? Elle n'avait rien à lui opposer — nulle connaissance des hommes et du monde, nulle expérience, nul dédommagement du cœur. A la façon des femmes, avec l'inexorable logique du sentiment, elle le prit au mot et chercha à réaliser sa théorie, sauf en un point important. La pureté de sa nature la préserva sinon des tentations, du moins des faux pas. il y a un moment critique dans la vie de Marie-Antoinette, celui où, parlant de Louis XVI, elle dit : « le pauvre homme » . ^ Le moment vint où M*"' Roland nomma le froid pédant qui était son mari : « le malheureux Roland », et cela dans une lettre à Buzot, qu'elle aimait. ^ Le destin fut généreux et l'infidélité resta à l'état d'intention. Dans l'adieu au bien-aimé : « 0 toi que je n'ose nommer. ..» ,* dont l'émotion frémissante et douloureuse peut s'égaler à ce qui a été écrit de plus beau, elle a béni les murailles du cachot qui défendaient son cœur, mais aussi salué la mort, qui la déliviait d'un insupportable dilemme . *

Sur tous les autres points, M""^ Roland s'est abandonnée d'autant plus passivement à l'action de Rousseau.

* * Arneth, Marie-Thérèse et Marie -Antoinette, oorreépondance. — Geffroy et Arneth, Correspondance secrète entre Marie-Tkérèse et Mercy d'Àrgenteau, II, 359, juillet 1775.

2 Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, VII, 248.

3 M"e Roland, Mémoires, Dernières pensées.

* Dauban, Etude sur M«"« Holand, XXXIX.

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