‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 161 sur 298 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dans les années qui s'étendent entre la retraite de Necker, le 19 mai 1781, et le début de son second ministère, en août 1787, quatre personnalités dilTé rentes se succédèrent à l'administration des finances, qui embrassait alors les travaux publics, le commerce et une grande partie des affaires, et constituait ainsi le gouvernement intérieur de la France. Ces quatre personnalités sont Joly de Fleury, d'Ormesson, Galonné et Loménie de ßrienne. Le premier en date, Joly de Fleury, fut choisi par Maurepas parce qu'il était réactionnaire , parfaitement insignifiant et agréable aux Parlements. Sa courte administration est marquée par une des mesures les plus déplorables du règne de Louis XVI, l'édit du 22 mai 1781, lancé trois jours après la n^tiaite de Necker. Aux termes de cet édit, tous les candidats aux fonctions d'officier devaient faire leurs preuves de noblesse ; par conséquent étaient e^ClUS non seulement les fils de bourgeois, ma.s ceux de toutes les familles dont le quatrième ancêtre n'était pas noble. C'est à juste ti-

tre que M""^ Campan parle « du désespoir » excité par cette mesure. L'année se divisa en deux camps opposés et créa, suivant l'expression d'un historien allemand, des Catilinas qui ne pouvaient que gagner à une révolution K

Vouloir induire d'une telle mesure que la noblesse dans son ensemble était réactionnaire et prête à prendre parti pour le maintien de l'ancien état de choses, ce serait là une de ces fausses conclusions auxquelles ont si souvent conduit des faits isolés de l'histoire de la Révolution et que l'ensemble de cette histoire réfute.

Cette victoire à la Pyrrhus, ce n'est pas l'aristocratie proprement dite qui l'avait remportée, mais la noblesse de cour et une partie des petits gentilshommes, qui avaient besoin des privilèges attachés à leur rang pour ne pas retomber dans le proléiaiiat. Combien la noblesse indépendante vivant sur ses terres méprisait et haïssait les courtisans de Versailles et les intrigants rassemblés autour d'eux, dont l'entretien et l'avidité insatiable suçaient la moelle du pays, c'est ce que disent une foule de témoignages contemporains, entre autres les lettres et les notes du marquis de Mirabeau. Ce sont précisément les vieilles familles, dépouillées de leur puissance par la monarchie absolue et se sentant cependant assez fortes pour se passer de l'appui de la cour, qui se montrèrent les plus avides de réformes, donnèrent l'impulsion au mouvement et assignèrent ses guides au

* * Oncken, Vère de la Révolution, I, 34.

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