CHAPITRE CINQUIÈME SSq
traille ».* Et c'étaient ces derniers, cependant, qui détendaient l'honneur de leur profession, en maintenant éveillé chez la grande majorité de la nation le sentiment religieux et en cultivant les vertus modestes qui protègent la civilisation et préservent les peuples de la ruine. Parmi ces prêtres se trouvaient les théologiens instruits, parmi leurs partisans les laïques pieux qui restaient attachés à la doctrine traditionnelle de l'Eglise et à la pratique sévère du vieux catholicisme français, avec cette opiniâtreté qui a provoqué l'ètonnement respectueux de Voltaire luimême et la sympathie enthousiaste d'un philosophe de la tendance de M. Taine. ^ Si un corps, en France, devait attendre justice des dispositions pieuses du roi, c'était bien celui-ci. Necker le reconnut et chercha plus tard à diriger l'attention du monarque sur ces alliés dévoués et naturels dans la lutte contre le privilège. ^ Mais il était écrit que la vieille monarchie brûlerait les uns après les autres les livres sibyllins que la destinée avait préparés pour elle. Dans les derniers temps de l'ancien régime s'accrut la tendance à attribuer exclusivement aux cadets de la noblesse les bénéfices ecclésiastiques, et les cinquante mille prêtres français abusivement désignés sous le nom de « bas clergé » et qu'une politique aveugle condamnait à une détresse sans espoir firent pencher en 1789 la balance en faveur du Tiers.
* Même ouvrage. — Taine, L'ancien régime, 382.
^ Voltaire cité par Taine, dans L'ancien régime, 95. Voir en outre, du naênae auteur, La Révolution, III, 410-416.
' Necker, De la Révolution française, Œuvres, IX, 99 et ^62.
A côté de ces mesures prises dans l'intérêt des privilégiéSjla courte administration de Joly de FJeury fut marquée par l'augmentation des impôts, des charges et des dettes. Ce ministre tomba en mars d783, sans avoir même lente une seule amélioration en aucun genre. Après la mort de Maurepas, le jeune roi avait déclaré vouloir gouverner seul. Il n'y eut plus de premier ministre en titre, mais le comte de Vergennes, directeur des affaires étrangères, en remplit en réalité les fonctions. Il avait donné dans son département des preuves incontestables d'habileté et de prévoyance, bien que lui aussi fut réaciionnaire au point de vue des questions intérieures.
A Joly de Fleury succéda l'honnête et consciencieux d'Ormesson, âgé seulement de trente-et-un ans, qui pria vainement le roi de lui épargner la lourde tâche à laquelle il n'était pas préparé. A sa courte administration se rattache l'échec de la tentative faite pour remplacer par des agents royaux l'institution des fermiers généraux. Pour le moment, c'eut été une nouvelle perte pour le Trésor, car Necker avait considérablement augmenté le chiffre des redevances. Au bout de sept mois, d'Ormesson quitta les affaires sans aucune espèce de compensation, et c'est alors que le maréchal de Castries, dans une lettre secrète au roi, osa rappeler combien la popularité de Necker pouvait être utile. Ce fut en vain L'antipathie personnelle de Louis XVI contre son ancien ministre l'emporta, quoique depuis son départ les emprunts se fussent accrus de trois cent quarante-cinq millions, et que le roi, qui avait acheté Rambouillet pour qua-