CHAPITRE CINQUIÈME
torze millions, ne possédât dans son Trésor que trois cent mille livres. Le candidat de la reine, qu'influençaient Marie-Thrrèse et Mercy, était dès maintenant Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, partitisan des économistes et ami de Turgot. Cette fois, cependant, Louis XVI se souvint du conseil que lui avait donné Maurepas de ne jamais faire d'un prêtre un premier ministre ; il éprouvait d'ailleurs une aversion personnelle i)our ce prélat, qu'il savait incrédule et immoral. C'est alors que Vergennes, appuyé par l'entourage de la reine, les Polignacs et avant tout par le comte d'Artois, proposa l'intendant de Lille, Galonné. Celui-ci était méprisé du public comme du monarque, etil fallut une série d'intrigues pour le faite arriver. ^
Dès sa première conversation avec le roi, le nouveau ministre des finances confessa au monarque qu'il avait deux cent mille livres de dettes ; il me sera maintenant facile de les payer, ajouta-t-il, mais je préfère les avouer franchement. Louis XVf, interloqué, alla à sa cassette et lui remit, sans mot dire, la somme qu'il venait d'indiquer. Le public n'apprit l'histoire que parce que Galonné lui-même la raconta au vieux et digne Machault, qui ne savait comment il avait mérité une pareille confidence ; Galonné ajouta qu'il avait fait un autre emploi de l'argent du roi. Et ce fut l'Etat qui paya une fois encore ses dettes. ^
La situation seule de ses propres finances, avait-il
* A. Ghérest, La chute de l'ancien régime, I, 32-37. 2 Montyon, Particularités sur les ministres des finances: article Galonné.
coutume de dire, l'avait déterminé à se charger de celles de la France. On l'a caractérisé en disant qu'il (( traitait les affaires comme des plaisirs, et, en revanche, les plaisirs comme des affaires » '.
Niebuhr, qui a puisé en grande partie ses impressions sur la Révolution française dans ses rapports directs avec les auteurs immédiats de celle ci, établit, en pariant du brillant mais léger Galonné, un parallèle entre lui et Egmont. ^
La cour n'avait pas à craindre de lui des réductions. 11 encourageait aux prodigalités, promettait des ressources inépuisables, achetait Saint- Cloud pour la reine, qui désirait cette résidence depuis fort longtemps, ^ augmentait les pensions et ramenait à lui, grâce à ses opérations, le monde de la finance, auquel il permettait d'exploiter la détresse de l'Etat. Aussi aimable qu'ami du plaisir, il pouvait cependant, quand il le voulait, déployer une force de travail étonnante et conserver jusque dans les pires ennuis une inaltérable bonne humeur.
Quoique l'année 1784 s'annonçât comme mauvaise, il n'en fit pas moins percevoir les impôts avec une dureté qui dépassait tous les exemples précédents, mais il ne restreignit pas pour cela les dépenses. Ce fut alors qu il acheta la plume de Mirabeau, le futur tribun , pour défendre plusieurs de ses opérations financières, ce qui donna fieu plus tard
* Mallet du Pan, Analecta sur Vhistoire du temps, 1785* Inédits.
2 * Niebuhr, Histoire de L'époque de laßevolution, 1,152.
3 Augeard, Mémoires, 135.