CHAPITRE CINQUIEME
à la mission secrète de celui-ci à Berlin ; ^ en même temps, Calonne entra en conflit avec les Parlements, qui se refusèrent à enregistrer les édits royaux. Alors la nécessité fit ce que la prévoyance, la raison et l'honnêteté avaient en vain tenté de faire chez un homme « qui semblait la réunion de tous les abus qu'il déclarait tout à coup vouloir détruire >)^ L'orgie financière qu'il avait inaugurée était terminée, et avec elle prenaient fin les moyens désastreux qui jusque-là avaient amené dans les caisses épuisées les derniers restes de la fortune nationale.
Sans transition, sans ménagements et sans préparation, Calonne se mit à tracer un tableau désespérant de la situation que lui-même avait créée et accrue jusqu'à la rendre insupportable, et il demanda» dans un mémoire au roi, « la réforme de tout ce qui, dans la constitution de l'Etat, est mauvais et pourri»; mais il ajoutait en même temps la fameuse phrase : « Les abus sont les ressources de la monarchie » , ce qui dans sa bouche signifiait qu'ils aplanissaient la voie à des changements nécessaires.
Dans les réformes qu'il projetait, il avait emprunté à Golbert ses plans de relèvement du commerce et de l'industrie, à Vauban l'établissement du port de Cherbourg. Le projet d'imposition des privilégiés, que Machault avait tenté, sous Louis XV, au moyen d'une imposition temporaire du clergé, revivait sous la forme d'un impôt foncier général. On devait ren-
* Droz, Histoire de Louis XVI, édit. de 1.842, I, 457.
* Malouet, Mémoires, 1, 287.
dre hommage aux idées de Tiirgot par la convocation des Assemblées coinmunales et de district, la réforme des impôts personnels, la suppression des Jurandes et des corporations obligatoires. On offrait aux économisâtes la réalisation de leur idée favorite, la liberté du commerce des grains ; les frontières douanières entre les provinces devaient tomber, Todieuse gabelle ou impôt sur le sel disparaître, le programme de Necker relatif aux Assemblées provinciales être étendu à toutes les provinces qui n'avaient pas conservé de constitution locale. Quant à la noblesse et au clergé, le ministre espérait, grâce à sa promesse de les faire participer à la propriété foncière de la future administration locale, qu'ils lui pardonneraient les sacrifices que ses projets leur, imposaient. Un des côtés les plus défectueux de l'ancien régime, la difficulté à peu près invincible de se retrouver dans la trame embrouillée de l'administration, s'accuse dans le désir manifesté par Caloone d'arriver à l'uniformité en cette matière. « Ce que vous me proposez là », lui répondit à ce sujet Louis XVI, « est une recette à la Necker» . « Sire », répliqua Calonne , « nous n'en possédons pas de meilleure ». * De là à prendre le remode de la main du premier, il n'y avait pas bien loin.
Il ne fallait naturellement pas compter sur les Parlements pour l'exécution de ce programme. Un moment Calonne songea à convoquer les Etats- Généraux, mais son administration financière, il le savait, ne
* Pontécoulant, Mémoires, I, 80.