‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 166 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

supportait pas un examen sérieux. * Alors il recourut à une convocation des Notables, que Mirabeau se vantait d^avoir été le premier à conseiller. ^

Sous Henri IV avait siégé la dernière assemblée de ce genre pour délibérer sur lesalTaires de la monarchie, et cette circonstance contribua à rallier le roi à cette mesure, qui avait déjà obtenu l'assentiment de Vergennes et du garde des sceaux Miromesnil . Louis XVI ignorait toute l'étendue du désastre financier, mais la seule pensée d'être délivré d'une partie de ses responsabilités lui fit dire que la joie lui enlevait le sommeil. Par contre, la reine, pour n'avoir pas été mise dans le secret, ne devait pas pardonner.

Le 22 février 1787, cent quarante-quatre notables, et parmi eux tout au plus six ou sept membres non privilégiés du Tiers, se réunirent en présence du roi pour délibérer sur les réformes à opérer. Quelques jours auparavant Vergennes était mort. Il fut remplacé au ministère de l'intérieur par l'honnête et bienveillant mais faible Armand de Montmorin, d'abord compagnon, puis confident du roi. Dans son discours d'ouverture. Galonné fit le procès au passé, énuméra longuement les défauts de l'ancien régime, flétrit ses abus et mit à nu ses plaies les plus hideuses.

Et cela en présence d'uAe opinion publique qui, presque sans exception, était hostile à la réunion des Notables, et que le chiffre du déficit, quand elle le

1 Jefferson, Complète Works, Autobiography, I, 70. — Droz, Histoire de Louis AT/, I, 350.

* Mirabeau, Lettres à un de ses amis en Allemagne, 183.

connut, affecta très péniblement ; en présence d'hommes comme le marquis de La Fayette, qui approuvait, liest vrai, la convocation de l'assemblée, mais faisait dépendre le consentement ultérieur d'impôts de « la reconnaissance des principes constitutionnels»,* ou d'hommescomme Loménie deBrienne, qui ne se proposait rien moins que de renverser Galonné et de prendre sa place. Les Notables se partagèrent en sept bureaux, se déclarèrent d'accord sur le principe de la réforme, se refusèrent cependant . à la discuter dans ses détails avant de connaître exactement l'état des finances, et laissèrent voir très clairement qu'ils n'étaient pas disposés à accepter ces réformes des mains d'un Galonné. Au cours des délibérations, les archevêques de Narbonne et d'Arles, MM. Dillon et Dulau, déclarèrent que le droit de voter l'impôt n'appartenait pas au roi, mais, selon toute vraisemblance, aux Etats- Généraux exclusivement, et réclamèrent, avec La Fayette et le procureur général du Parlement d'Aix, Castillon, la réunion de ceux-ci. ^ Galonné avait perdu la partie, car ce qu'on lui demandait, il lui était impossible de ne pas le donner sans courir à sa ruine, tandis que les privilégiés avaient trouvé un moyen de ne rien accorder sans cependant se rendre odieux par un refus. Alors Galonné, opérant un changement de front, fit répandre dans le public ses six mémoires aux Notables et se déclara prêt à sacrifier les privilégiés et à

* La Fayette, Mémoires et correspondance, II, 190. 2 Droz, Histoire de Louis XVI, I, 487.

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