‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 167 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

percevoir, au nom de la justice, l'argent de ceux quv jusqu'ici n'avaient pas assez payé.

Cet appel à la faveur du peuple, grâce auquel Galonné pensait briser la résistance de ses égaux, n'obtint pas de succès. Ainsi que les Parlements un peu auparavant, les Notables se trouvèrent fêtés très à tort comme représentants des liberiés et des droits de la nation. On avait risqué inutilement la dangereuse tentative d'introduire une innovation au sein de la routine et de mettre à nu des plaies qu'on ne pouvait guérir. Le conflit de Calonne avec Necker contribua de son côté au succes de la coalition qui se forma dès ce moment en vue de la chute du ministre, coalition à laquelle prirent part, avec les Notables, la cour et une partie des ministres, ainsi que la reine, qu'influençait Loménie de Brienne, ami de l'abbé de Vermont. Peu de temps avant la réunion des Notables^ Necker ayant été informé que Calonne s'apprêtait à contester dans son discours d'ouverture la justesse du Compte rendu, il lui demanda par lettre de ne pas exécuter ce dessein sans lui permettre de se défendre. Calonne avait assuré, avec sa légèreté habituelle, qu'il ne songeait à rien de semblable. Il évita en effet dans son discours une aitaque directe ; mais il n'en ressortait pas moins comme conclusion que l'exposé de Necker était faux. Celui-ci sollicita du roi l'autorisation de répondre à cette accusation oa devant lui même ou tout au moins devant un comité des Notables. Louis XVI le fît informer qu'il était content de ses services, mais quille priait de se tenir tranquille. Une démarche antérieure

de Necker n'avait pas mieux disposé le monarque à son égard. En 1784, il avait publié sur X Administration des finances un livre qui se répandit en Europe à plus de quatre- vingt mille exemplaires et eut un succès en quelque sorte incuï. Dans ce livre il faisait valoir d'une part des expériences et signalait des lacunes qu'il ne pouvait connaître que comme ministre ; * d'autre part il développait la pensée fondamentale du Compte rendu, le principe de la publicité et du contrôle dans l'administration des finances, principe que le roi avait alors accepté, mais pour le rejeter de nouveau ensuite. Ce souvenir ainsi évoqué ressemblait à un avertissement et à un reproche, et le roi, prévenu contre Necker par les successeurs de celui-ci et vivement irrité, fit exercer contre l'ouvrage une de ces douces persécutions officielles d'ordinaire plus avantageuses que défavorables aux livres comme aux auteurs de ce temps-Jà. ^ Après l'attaque de Galonné^ il ne s'agissait plus toutefois de systèmes et de simples divergences d'opinions, mais de l'honneur personnel de Necker. S'il ne se défendait pas hautement, quelque chose de plus que sa popularité pouvait être en jeu. Il n'avait pas renoncé à la pensée de reprendre son plan de réforme de 1780 et de rentrer au ministère. On av.iit remarqué, entre autres, que dans la citation de Salluste qui servait d'épigraphe à son dernier livre, il avait retranché ces mots : Et mihi reliquam œtatem a repnblica procul habendam statui. Galonné n'était pas l'homme qui

* *Niebuhr, Histoire de Vépoque de la Révolution, I, 169.

* Auguste de Staël, Notice.

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