CHAPITRE CINQUIÈME 3b I
bonne Minette, dont je me sens séparé depuis bien longtemps, et que je serai bien ravi de revoir. La chère maman se livrera au plus parfait repos que son état nécessite. Je ne puis m 'empêcher parfois de sentir qu'on nous traite durement en nous obligeant à tout ce remue-ménage. Ce n'est pas à cause de moi, mais une femme qu'on sçait fort malade, une fille déjà ronde comme un tambour, tout cela change bien la nature d'un exil. Je suis un peu plus animé sur tout cela depuis que je suis rendu à moi-même, et aussi depuis que j'ai éprouvé tous les inconvénients qui naissent d'un éloignement sans habitation : et encore depuis que j'ai vu que le mot transitoire^ que j'avais placé dans une lettre au baron de Breteuil, n'a fait aucun effet. Nous aurons tous le temps de moraliser là-dessus. Un grand dédommagem.ent, un grand contre-poids, c'est l'intérêt public ; sans cela... Mais ce n'est que. par toi que je saurai bien tout ». *
Ce n'est pas M"^^ de Staël qui, cette fois, nous renseigne sur l'état des esprits à Paris, mais Mallet du Pan qui, bien que nullement partisan de Necker, rend hommage à la vérité en disant : « La douleur et les murmures sont éclatants, sont universels. La foule a été à sa porte jusqu'à son départ... L'archevêque de Toulouse, soutenu par l'abbé de Vermont, vise aussi à être surintendant des finances ; il a vraisemblablement agi contre Necker, dont il fut le partisan . M , de Montmorin passe pour être le mi-
* D'HaussonviiJe, Le salon de madame Necker, II, 189.
nistre confidentiel de Sa Majesté. Le parti Necker a servi l'archevêque de Toulouse et s*en trouve mal jusqu'à présent. On lui impute d'avoir conseillé à M. Necker l'impression de sa réponse, quoiqu'il n'eût aucune permission, pour amener les suites de cette démarche et écarter M. Necker et M. de Galonné à la fois ». *
Des indications de la famille, en particulier les Mélanges de M""" Necker, affirment, au contraire, les bons rapports avec l'archevêque de Toulouse, qui, ainsi que le maréchal de Beauvau et sa femme, les ducs de Duras, de Nivernois, du Châtelet, de Castries, les archevêques de Narbonne, de Tours et l'évèque d'Arras, appartenait à leur cercle d'amis depuis la chute de Necker. Dès 1785, le baron de Staël, dans une dépêche à Gustave 111, l'avait désigné comme un de ceux que la voix publique appelait au ministère . ^ Dans les derniers jours de l'administration de Galonné, et sur le désir de celui - ci , Louis XVI remplaça le garde des sceaux Miromesnil par Lamoignon, cousin de Malesherbes. Le renvoi de Breteuil devait suivre, lorsque la reine intervint, et, pour sauver celui-ci, renversa Galonné. Dans la Révolution dont il accéléra la venue, M""^ de Staël n'a jamais vu l'œuvre des individus ; s'il en avait été autrement , si elle avait cru à la responsabilité d'un homme^ cet homme-là eût été
1 Mallet du Pan, Jnalecta sur V histoire du temps, 1787. Inédits.
2 Léouzon Le Duc, Correspondance du baron de Staël, 14, dépêche de mars 1785.