‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 172 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME SSy · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME SSy

l'entretenir de rnon père. Je sens que ce que je viens d'écrire, ménagé avec ta prudence, développant ce que je n'ai fait que t'indiquer, et surtout accompagnant tes discours d'un accent et d'une physionomie à la fois respectueuse et prononcée, seroit très bon à dire, si c'étoit elle qui t'eût fait demander de venir chez elle... Tune m'as pas répondu à ma lettre sur Fontainebleau. Si ton état, le caractère de ton roi l'avoit permis, je t'avoue que je n'aurois plus remis le pied à Versailles apr(;s l'exil de mon père ; il m'eut été doux de me livrer à ma fierté en m'en bannissant pour toujours. Mais, comme notre position rend cette résolution d'éclat impossible, je trouve qu'on n'annonce point le désir de plaire à la reine en lui faisant sa cour une fois ou deux et en passant quelques jours à jouir de la chasse et des spectacles qui, à mon âge, peuvent attirer sans qu'on me soupçonne d'intrigue ou d'amour de la faveur. D'ailleurs M. de Montmorin étant ton ministre, je serai plus agréablement à Fontainebleau cette année que du temps de ton Vergennes. Adieu, mon cher ami». *

Cette lettre a été écrite par M"^ de Svaël peu de temps avant la naissance de son premier fus. Le bannissement de Necker avait duré deux mois à peine, et M"'^ Necker, qui préférait à tout le reste le bonheur de passer des jours tranquilles auprès de son époux, trouva^que ces deux mois s'étaient écoulés beaucoup trop vite'.

* D'Hausson ville. Le salon de madame Necker^ II, 191. 2 jy[mo Necker, Mélanges, lettre à Saint-Lambert, 10 août 1787.

Au retour deNecker à Paris, les Notables n'étaient plus réunis. L'espoir nourri par le roi qu'ils viendraient en aide à l'Etat avait été amèrement déçu. Loménie de Brienne leur avait, il est vrai, présenté comme ministre les comptes que, comme notable, il avait si instamment réclamés de son prédécesseur. Mais ceux-ci ne se retrouvaient qu'imparfaitement dans ses rapports défectueux et embrouillés * ; ils se contentèrent d'accepter des moyennes, de recommander l'économie, de mettre en garde contre de nouvelles dettes, et de confier à une commission spéciale les rapports flnanciers annuels. Après comme avant, ils reconnurent en principe la nécessité d'une répartition égale des charges, dépenses et impôts, mais ils conclurent en déclarant qu'ils n'avaient pas qualité pour proposer ou consentir des impôts nouveaux. Quand l'Assemblée se sépara, le 25 mai, elle n'avait rien accompli en fait, sinon un changement ministériel, et constaté publiqueinent « l'étendue effroyable » du m. al, mais sans avoir autre chose à offrir que la promesse d' « examiner sérieusement » les propoßitions du monarque, tout en observant un silence respectueux *.

La convocation des Notables n'avait donc exercé sur les événements qu'une action négative. L'acte positif de l'administration de Galonné fut sa reprise du projet de Neckersur les Assemblées provinciales, projet qui, approuvé par les Notables, fut maintenu

1 Droz, Histoire de Louis AT/, I, 512.

2 Discours du premier président du Parlement de Paris^ dans la dernière réunion des Notables le 25 mai 1787.

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