‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 173 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

par Brienne. Ce fut réconomisle Dupont de Nemours qui le développa sous Galonné même, sans rencontrer les difficultés auxquelles s'étaient heurtés Turgot et Necker. Galonné et Brienne firent un pas de plus, que Necker avait évité : ils revinrent au projet des Assemblées communales et de district voulues par Turgot. Us donnaient dans les premières un siège et une voix au curé et au propriétaire foncier; les autres membres, au nombre de trois, de six ou de neuf, suivant l'importance delà commune, devaient sortir du libre vote de tous ceux qui payaient dix livres d'impôt personnel ou foncier. Gela ressemblait presque à un suffrage universel ^ Cette première assemblée avait à en élire une deuxième, l'Assemblée de district, et celle-ci l'Assemblée provinciale, qui, dans son ensemble, restait organisée suivant le plan de Necker ; elle tenait donc ses délibérations en commun, sans séparation des ordres, et donnait au Tiers autant de députés que la noblesse et le clergé ensemble. Les présidents étaient choisis dans les deux premiers ordres, et jusqu'à l'organisation complète de ces institutions, qui ne put être effectuée avant la Révolution, le roi choisit la moitié des membres, ]et cellesci l'autre moitié. On votait par têtes, non par ordres. En prenant congé des Notables. Brienne s'engagea expressément à cette dernière mesure comme dédommagement pour le Tiers des biens et des dignités octroyés avec excès aux privilégiés. Dans le cours de l'été de 1789, dix-neuf deîces Assemblées provin-

* Lavergne, Les Assemblées^provinciales, 107-109.

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ciales inaugurèrent une activité qui aurait porté des fruits durables, même dans le milieu où l'on se trouvait, si leurs travaux n'avaient pas été interrompus prématurément. Avant la Révolution, aucune de ces assemblées ne s'est réunie plus d'une fois*.

Tocqueville a reproché à cette institution d'avoir complètement désorganisé ce qui existait, en introduisant au sein de la centralisation administrative le principe électoral, en paralysant subitement les pouvoirs de l'intendant, alors unique organede l'autorité, et en opposant sans préparation les ordres privilé* giés à leurs adversaires naturels, les membres de ce Tiers surchargés d'impôts, et tout cela en renouvelant pour son propre compte la grande erreur de l'ancien régime - ; car, après avoir déplacé le siège du pouvoir, elle transférait celui-ci en d'autres mains, au lieu de profiter de l'occasion pour opérer la séparation des pouvoirs législatif et exécutif. On peut opposer à cette imputation la preuve fournie par Tocqueville lui-même, que cette centralisation administrative de l'ancien régime était la force de nivellement qui prépara et rendit possible la domination de la démocratie autoritaire et étouffa dans son germe la liberté politique. Les seules tentatives avec chances de succès qui furent faites sous Louis XVI pour préparer un autre avenir étaient précisément les projets de Turgot et les Assemblées provinciales de Necker. Le but qu'ils se proposaient l'un et l'autre, quoique par des moyens opposés, était

* Lavergne, Les Assemblées provinciales, 128.

2 Vancien régime et la Révolution^ III, ch. vu, 317-332.

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