‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 174 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME 36 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME 36 I

d'éveiller peu à peu l'intérêt de la nation pour ses propres affaires. Lorsque Galonné et Brienne, au dernier moment, revinrent à ces idées, l'organisme politique était d^jà atteint dans son principe vital et le temps des réformes passé. Les espérances que nourrissait encore, au sujet des Assemblées provinciales, un penseur comme Condorcet donnaient la mesure des changements effectués pendant les sept années qui s'étaient écoulées sans profit depuis la chute de Necker. Avec l'impatience du théoricien, Condorcet réclamait d'elles non seulement une réforme complète de l'impôt, mais l'égalité civile et politique, la confiscation des biens ecclésiastiques au profit de la dette publique, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est-à-; ire l'exécution d'un programme qui^ aujourd'hui encore, n'est qu'imparfaitement réalisé'. Sous un rapport pourtant, 1 influence des Assemblées provinciales sur le cours des événements n'a pas été perdue : bon nombre de leurs membres attirèrent sur eux l'attention publique et reparurent comme députés aux Etats-Généraux; ainsi, pour n'en nommer que quelques-uns, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt à Soissons, Lavoisier et l'abbé Sieyès à Orléans, le comte de Grillon, le vicomte de Noailles et le duc de Luynes à Tours, La Fayette à Riom, Thouret à Rouen, le baron de Dietrich et le prince de Broglie en Alsace, Maurice de Talleyrand, l'abbé de Montesquieu Fezensac et Beugnot à Ghâlons. L'ex-

* Condorcet, Esmi sur la constitution et les fonctions des Assemblées provinciales ^ 178S. — Lavergne, Les Assemblées provinciales j 113.

péiience faite de 1779 à 1786 à Bourges et à Montauban, et dont nous avons parlé, s'était renouvelée. Les mêmes hommes qui, comme[notables, parlementaires ou représentants du clergé, refusaient à un gouvernement dépourvu de plans arrêtés et sur lequel on ne pouvait compter, au nom de leur ordre, tout sacrifice pécuniaire, se montrèrent dans les provinces, presque sans exception, prêts à ces mêmes sacrifices. Les procès-verbaux des Assemblées provinciales, qui nous ont été conservés, ignorent l'hostilité de principe entre les privilégiés et le Tiers, mais témoignent au contraire du bon vouloir des premiers à se soumettre aux charges publiques partout où cela peut être véritablement utile.

Tandis que cette institution devait commencer par se frayer la voie dans les provinces, la tâche du gouvernement échouait au centre de son activité.

On croyait que Brienne allait soumettre à l'acceptation du roi, sous forme d'édits, dans une séance royale organisée principalement dans ce but, les mesures de son prédécesseur approuvées par les Notables^ et qu'ensuite il les ferait enregistrer par les Parlements ; mais il se contenta de faire enregistrer des ordonnances sur la' convocation des Assemblées provinciales, la liberté du commerce des grains et l'abolition des corvées. Le Parlement n'opposa aucune résistance. Il attendit une occasion meilleure pour se venger de la convocation des Notables et affermir à nouveau son autorité reléguée dans l'ombre, sans perdre la faveur du peuple. Cette occasion arriva. Brienne tenait prêts deux édits de finance ; l'un

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