CHAPITRE CINQUIÈME
demandait une subvention territoriale^ c'est- à dire un impôt foncier qui viendrait en aide au Trésor aux dépens de tous, sans exception aucune en faveur des privilégiés ; l'autre était une loi sur le timbre, que le ministre mal conseillé soumit d'abord au Parlement de Paris. Celui-ci comjneni;a, à l'exemple des Notables, par réclamer des comptes rendus financiers exacts ; mais sentant bientôt qu'il dépassait ses pouvoirs, il choisit un uieilleur terrain pour attaquer Brienne et déclara pour la première fois, par la bouche de l'abbé Sabatier de Cabre, qu'il ne possédait pas le droit budgétaire, dont il avait fait usage jusque-là. 11 fallait, ajoutait on, rappeler au monarque les anciennes maximes du royaume, d'après lesquelles ce droit appartenait exclusivement aux Etats- Généraux.
Cette mesure extrême n'avait été prise en pleine connaissance de cause que par des hommes comme Duvald'Espréménil, jaloux au plus haut degré des droits de sa corporation, par quelques partisans sérieux des réformes dans le sens des vieux parlementaires jansénistes, ou par des jeunes gens comme Duport et Fréteau, qui partageaient avec La Fayette et ses amis l'admiration pour les institutions américaines et les résultats de la Révolution qui s'était accomplie par delà l'Océan Atlantique. Les autres — et ils formaient de beaucoup la majorité — comptaient que le gouvernement, pour échapper aux Etats-Généraux, se plierait' plutôt à toutes les exigences de la magistrature du royaume. Le Parlement, après avoir taxé, sans égard pour le roi, qui lui en avait recommandé
renregistrement, d' « illégaux et nuls » les deux édits financiers dont il a été question, fut exilé à Troyes. Brienne profita des troubles sérieux qui éclatèrent alors à Paris pour se faire nommer premier ministre ; d'Espréménil, le premier de ces favoris du peuple que Ton commençait par idolâtrer pour les égorger ensuite, était devenu pendant ce temps le héros du jour. L'avancement en dignité de Brienne fit sortir du ministère les amis de Necker, Ségur et de Castries. L'exil des parlementaires à Troyes montra combien était petit le nombre de ceux qui avaient sérieusement calculé la gravité de l'acte entrepris. Cette assemblée^ qui avait été exilée « non pour avoir maintenu ses privilèges, mais pour les avoir abandonnés » *, se sentit incapable même de supporter l'ennui d'une petite ville et fit dès sef)tembre, malgré toutes les protestations de d'Espréméniletde ses partisans, des concessions financières ; Brienne alors céda aussi de son côté et retira ses deux édits, bien qu'il les eut déclarés indispensables. La populace parisienne fêta le retour du Parlement en mettant le feu à des mannequins qui représentaient la duchesse de Polignac et BreteuiL Une démonstration semblable contre la reine fut arrêtée à temps. Deux mois plus tard, Brienne ne vit d'autre moyen de se procurer de l'argent qu'en présentant un nouvel édit demandant une somme de quatre cent vingt millions payables en cinq années, et en promettant au bout de ce temps la convocation des Etats-Généraux pour
* Léouzoa Le Duc, Correspondance du baron de Staëlf 64.