CHAPITRE CINQUIEME
j792. Dansla séance royale tenue à cet effet le 19 novembre, le ministre fit rappeler p )r le roi et le garde des sceaux toutes les prétentions de l'absolutisme, et à l'heure même où il annonçait la fin de celui-ci, déclarer le roi « en possession de la puissance législative, sans limite et sans partage ». D'Espréménil, appuyé par quelques-uns de ses partisans, demanda qu'on n'ajournât pas au-delà de 1789 la convocation des Etats. [^'Assemblée paraissait prête à se conformer aux désirs du roi, quand soudain, et sans attendre le vote usité, le garde des sceaux Lamoignon alla prendre les ordres du monarque pour l'enregistrement des édits. A peine ces ordres avaientils été donnés, que le duc d'Orléans se leva pour présenter la protestation préparée pour ce cas, protestation qu'il lut en bégayant. Par un des édits, Malesherbes, appelé dans l'intervalle au ministère, accordait aux protestants les droits civils auxquels ils aspiraient depuis si longtemps. Aussitôt après, le roi quitta l'Assemblée, que Malesherbes et le duc de Nivernais cherchèrent en vain à calmer. Ainsi commença le rôle politique du duc d'Orléans, qui avait été à bon droit jusque-là, par la corruption de ses mœurs, l'objet du mépris général.
M""® de Staël avait raconté, dans une de ses lettres à Gustave III, comment le duc, banni par Louis XVI pour le fait que nous venons de signaler et longtemps brouillé avec la reine, avait mieux aimé se soumettie à l'humiliation de faire appel à l'influence de celleci que de supporter la relégation sur une de ses terres. Quant au Parlement de Paris, il resta, à par-
tir de ce moment, en possession de la popularité qui s'attacha désormais à tous ceux qui, de n'importe quelle jnanière et pour n'importe quel motif, firent de Topposition au gouvernement. Mais en môme temps ce d'Espréménil, qui réclamait du roi la liberté au nom du peuple, combattait avec la plus violente passion l'édit en faveur des protestants, qui valait au monarque peu de temps après, dans l'Assemblée du clergé, les remerciements solennels de l'archevêque de Narbonne, M. de Dillon. M""' de Staël décrit la scène, qui est inoubhable : c< C'était à coup sûr une âme énergique et noble que celle du malheureux d'Espréménil, qui fut quelque temps l'éloquent tribun de la magistrature, mais c'était aussi un esprit fort mobile. Voici quel fut un des fruits de son martinisme. Il s'imagina en 1788 avoir vu et entendu la Sainte-Vierge qui lui prescrivait de protester au Parlement contre le bel édit conçu par M. de Malesherbesqui sauvait de l'illégitimité les enfants légitimes des protestants ; et il protesta en effet en montrant le portrait d'un Christ crucifié, et en s'écriant avec tout le pathétique d'un capucin : Ne voyez-vous pas que vous faites de nouveau saigner ses blessures I Et pourtant le sang ne se liqttéfiaitpas » \
Le jeune collègue d'Espréménil, Goislard de Montsabert, trouva moyen d'empêcher le gouvernement de lever les impôts déjà consentis ; il arriva à ce résultat en accusant les employés du contrôle d'avoir réparti injustement le vingtième des privilégiés. La
* Charles Lacretelle, Testament philosophique et littéraire, II, 92.