CHAPITRE CINQUiÈiME
aux questions les plus importantes, dont toutes les classes de la nation attendaient impatiemment la solution, Brienne ne les aborda pas, ou se contenta d'assertions contradictoires, qui tendaient toutes au maintien du pouvoir absolu du monarque ; la seule chose qu'il promettait, c'était de convoquer un jour les Etats-Généraux ; en attendant, la cour plénière consentirait les impôts.
Si le mot « révolution », si diversement et souvent si mal appliqué, indique le moQieni de la vie d'une nation où, pour parler avec Mounier, le gouvernement emploie la violence, non au profit de la loi, mais au profit de l'arbitraire, et où les gouvernés marchent impunément à la résistance armée ^ il faut dater le début de la Révolution française du jour de la présentation des édits de Brienne, le 8 mai 1788. Aux yeux de M^^^ de Staël, elle a commencé dès l'instant où les Parlements, par la bouche de l'abbé Sabatier, renoncèrent en faveur du peuple à ces pouvoirs qu'ils avaient défendus si opiniâtrement contre la couronne ^
Le premier signe de résistance ouverte aux ordres du roi fut donné par les parlementaires et les gentilshommes désignés pour faire partie de la cour plénière. Ils se refusèrent à obéir et mirent ainsi rapi-
* Mounier, cité par Lavergne, Les Assemblées provinciales,
2 M™« de Staël, Considérations sur la Révolution française, XII, 124. — A. Ghérest, soixante-dix ans après, dans son livre sur La chute de l'ancien y-e'ö'ime, 1,290, partage le même avis.
dement fin au coup d'Etat de Brienne. Une conséquence de la téméraire légèreté de celui-ci fut le rétablissement d'une alliance étroite entre l'aristocratie et la magistrature, ce qui eut cet autre résultat de faire pénétrer, par les corps d'officiers composés à peu près exclusivement de nobles, l'esprit de résistance dans l'armée \ Un danger non moindre, ce fut le goût (les parlementaires pour les applaudissements de la foule, l'appui que les représentants de la légalité n'hésitaient pas à accepter de la populace. Les premières scènes de ce genre en l'honneur de d'Espréménil éveillèrent avec une rapidité terrible l'esprit de révolte dans les provinces. En Bretagne, à la fin du printemps de 1788, on se croyait à la veille d'une guerre civile ; le gouverneur, le comte de Tliiard, condamna par faiblesse les troupes à l'inaction - ; l'intendant de la province, Bertrand de Molleville, dut s'enfuir, et les futurs combattants de la Vendée s'acheminèrent en qualité de rebelles vers la Bastille ^ A Pau, dans le Béarn, la population, accourue des montagnes, exigea le rétablissement du Parlement. Mais .l'épisode le plus important de ces premières scènes de désordre se '^déroula dans le Dauphiné.
Depuis sa réunion à la couronne française, cette
* Grimm, Mémoires, cités par Smith, Lectures on ihe french Revolution^ I, 134. — Thiers, Histoire de la Révolution française, I, 14.
- Lavergne, Les Assemblées 'provinciales, 421-426. — Droz, Histoire de Louis XVÎ, II, 69-71.
^ Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis XVI, 280 et