‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 181 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME SyÔ · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME SyÔ

épigrammes. La contribution de Brienne à cette manière d'écrire l'histoire fut le mot qui caractérisait sa politique : « 11 y a tant de hasards, dit-il, et il n'en faut qu'un pour nous sauver » * . Ce hasard ne se présentant pas, il n'éprouva aucun scrupule à faire main basse sur le fonds des invalides et sur le produit d'une loterie pour les pauvres. Puis, quand tout fut épuisé, il entra, sur le désir que lui en fît exprimer la reine par Mercj, en pourparlers avec Necker au sujet de l'acceptation du portefeuille des finances dans son ministère. Mais ce qui eût été encore possible peut-être un an auparavant avait cessé de l'être. Necker répondit à Mercy en réclamant le départ de Brienne, la haute main sur les affaires et l'accomplissement de la promesse de convocation des Etats- Généraux ^ . Sous la pression des vœux de tout un pays, sa manière de voir sur ce dernier point avait à son tour subi une transformation. Lui qui, après la chute de Galonné, avait exprimé l'idée que la principale tâche d'un ministre sensé était d'éviter cette convocation, il en faisait maintenant une condition indispensable et songeait a avec un transport de joie inexprimable que ce superbe et majestueux rassemblement des députés de vingt-six millions d'hommes.., allait s'accomplir^». Il n'y avait plus à douter que Necker ne fût décidé à acceptera triste héritage de Brienne et de Galonné, à

* C. Dareste, Histoire de France, VII, 132.

* Auguste de Staël, Notice, — * Leser, Deuxième ministère de Necker, 21-22.

3 Necker, Œuvres, II, 599, VI, 59, IX, 53.

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la condition toutefois de s'assurer l'appui et le contrôle de la nation, v C'est à la réunion éclatante de tous les amis, de tous les représentants de l'Etat », écrit-il dans sa réponse à Galonné, « qu'il appartient aujourd'hui de relever les forces de ce grand empire, et il presse de réparer l'opinion, cette vie morale et politique, cette puissance singulière, qui seule a le moyen d'anéantir le passé, en rapprochant avec vigueur le présent de l'avenir ». C'étaient les mêmes idées qui l'avaient guidé pendant sa première ad.ministration et qui reparaissaient maintenant, accommodées aux besoins nouveaux. Après comme avant, il suivait l'opinion publique. Sei'ait-il en état de la diriger ? La réponse à cette question était réservée à l'avenir. Mercy revint à la charge^ porteur cette fois des pleins pouvoirs officiels du roi. Le renvoi de Brienne fut tacitement accordé. 11 se retira le 25 ajoùt, non sans avoir augmenté auparavant, par l'échange de l'archevêché de Toulouse contre celui de Sens, ses revenus de huit cent mille livres, et obtenu de la reine la promesse de demander pour lui le chapeau de cardinal. L'histoire n* eut plus qu'une fois l'occasion de le nommer : ce fut pour enregistrer, le 16 février 1794, la mort volontaire en prison, par le poison, du dernier et indigne conseiller de la monarchie absolue. Le soir qui précéda sa retraite, Necker avait été nommé directeur des finances ; deux jours après, il était ministre et membre du Conseil. Il n'y eut pas de premier ministre en titre, mais Necker exerça toutes les prérogatives de cette fonction.

\ la ruine financière que lui transmettait son pré-

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