‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 185 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

si Necker était devenu l'homme nécessaire, ses sympathies personnelles restaient acquises à son prédécesseur. M""" de Staël ne se trompa pas sur la portée de ce procédé, qui, dit-elle, ne se modifia en rien devant l'attitude conciliante de Necker, et resta une des grandes difficultés de son second ministère ^

Quant à la façon dont celui-ci envisageait la situation, différents faits nous la révèlent. A l'époque de la nomination de l'archevêque de Toulouse, il avait dit à sa fille que l'état de choses, qui était déjà assez difficile, deviendrait bientôt intolérable et dépasserait les forces humaines. Quand il eut remplacé Brienne, il ne put retenir cette exclamation : « Ah I que ne m'a-t-on donné ces quinze mois de l'archevêque de Sens ! à présent c'est trop tard ! ». Il était ministre depuis trois jours, quand éclatèrent dans Paris les premiers troubles sanglants : la populace brûlait Brienne en effigie. Le commandant de la garde urbaine intervint et fit attaquer à la baïonnette la foule qui refusait d'obéir à ses ordres ; deux ou trois personnes furent tuées, un grand nombie blessées, et le reste se dispersa. En proie à la colère et au ressentiment, le peuple s'amassa de nouveau le lendemain, attaqua la garde sur différents points, incendia dix à douze maisons et tua plusieurs soldats ; enfin les troupes mirent un terme au tumulte et Paris fut décrété en état de siège ^ Tandis que le sang rougissait les rues de la capitale, la Bourse saluait la rentrée de Necker par une hausse qui n'at-

1 M«"« de Staël, Considérations, XII, 156.

2 Jefferson, Works, II, 471.

teignait pas, sans cloute, les trente pour cent affirmés par M"^ de Staël, mais qui était encore assez considérable pour relever la confiance et permettre au ministre de supprimer les prescriptions de l'édit du 16 août et de recommencer à payer comptant. De grandes maisons firent des avances ; le Languedoc ouvrit un emprunt de douze millions ; toutes les ressources de la banque furent mises en mouvement. L'histoire de cette seconde administration de Necker a été écrite en Allemagne, entre autres, par Leser, qui arrive à cette conclusion que Necker a employé, à la vérité, des moyens d'une légalité douteuse pour amener de l'argent au Trésor, mais ne s'est jamais aliéné la confiance publique, son appui nécessaire '. Tous ses efforts tendaient, par une série d'opérations, à assurer le budget jusqu'à la réunion des Etats-Généraux, et à sauver au gouvernement la dangereuse humiliation de se présenter devant eux avec le déficit. Droz^ l'historien de Louis XVI, ne peut assez s'étonner que Necker soit parvenu à rétablir les payements et à remplir en même temps le Trésor, qui à la suite de la retraite de Brienne ne contenait plus que cinq cent mille livres ^; et cela, malgré la lutte contre la misère et quoi que lesachats de blé seuls, dansfhiver de 1 789, eussent englouti soixante-dix millions. Non seulement il déclare le second ministère de Necker infiniment plus important que le premier, mais il le trouve affranchi

** Leser, Deuxième ministère de Necker ^ 33-41. - Necker, De l'administration de M. Necker. Œuvres, VI,

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